La saison de tous les désirs. Celle aussi de la victoire sur l'adversité. Malade depuis janvier, René Gonzalez n'a pas seulement bataillé contre le mal (voir encadré). Il n'a pas quitté son poste de directeur du Théâtre de Vidy, au bureau presque chaque jour. Et il a construit, avec René Zahnd, directeur adjoint de l'institution, une affiche aussi digressive qu'excitante. Au programme, dès septembre, une trentaine de spectacles, des audaces de voltigeur et des fidélités qui sont l'honneur de la maison, le bonheur du public surtout.

Le secret de René Gonzalez? Des amitiés à la vie à la mort, une oreille qui vagabonde là où s'ébauche un rêve de spectacle. Michel Piccoli, 81 ans, reviendra ainsi en décembre sur les rivages avec l'écrasant Minetti de l'Autrichien Thomas Bernhard, mis en scène par André Engel. Artiste pyromane, Heiner Goebbels continuera de bouleverser les lois de la scène avec I went to the house but did not enter, concert scénique dont la première est prévue cet été au Festival d'Edimbourg. Valère Novarina fera encore bouillonner la marmite à formules potaches avec son Adramelech, en février. Autre mage, Claude Régy propulsera Jean-Quentin Châtelain sur une jetée, dans Ode maritime de Fernando Pessoa en juin.

De tels créateurs, sur une même affiche, c'est un luxe inouï qu'on ne réalise plus. Vidy, c'est aussi une attention à ce qui prend son vol. A des artistes qui aspirent à annexer le ciel. En ouverture de saison, Aurélien Bory réglera les virevoltes d'une tribu d'acrobates qui a ses bases à Tanger. Cette fugue s'intitule Taoub - «tissu» en arabe. Autre échappée en novembre, Öper Öpis du tandem zurichois Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot. Ces deux bricolent des biotopes urbains en carton ou en bois. Ils font tourner leurs galettes pop sur des pick-up ventriloques. Ils mettent en boîte les fétiches de notre modernité et séduisent l'Europe qui s'arrache leurs spectacles.

A côté de ces inclassables, les artistes de la région sont représentés en force, histoire de démontrer à ceux qui en douteraient encore que Vidy est aussi un pôle de création romand. Christian Denisart fera voguer Rame, pièce d'eau signée Eugène. Gianni Schneider lèvera le voile sur Le Moche de l'Allemand Marius von Mayenburg, expert en malaise d'intérieur. Valentin Rossier, lui, tentera de dompter La Noce chez les petits bourgeois, bataille à couteaux d'argent tirés machinée par Bertolt Brecht. Une pépite encore: Denis Maillefer fera découvrir Quand Mamie, texte de la romancière d'origine valaisanne Noëlle Revaz.

Vingt-cinq spectacles sont ainsi annoncés jusqu'en juin. D'autres s'ajouteront sans doute en décembre, conformément à l'habitude de René Gonzalez. Mais n'est-ce pas trop? Certaines créations ne sont-elles pas noyées dans la masse? «Non, toutes les pièces trouvent leur chemin auprès du public, répond René Zahnd. Nous avons quatre salles, le foisonnement fait partie de notre identité. Les spectateurs répondent présent: près de 80 000 personnes ont suivi nos propositions.»

A Vidy, machinistes et techniciens ont des muscles d'acier: production maison, La Seconde surprise de l'amour atteindra bientôt la centième représentation et ce n'est pas fini; pièce sans acteurs, Stifters Dinge de Heiner Goebbels est à l'affiche du Festival d'Avignon. «Avec les spectacles en tournée, nos équipes ont assuré 480 levers de rideau à l'étranger», s'enthousiasme René Zahnd.

La performance tient du miracle, aime à dire René Gonzalez qui rappelle volontiers que la maison lausannoise ne compte qu'une vingtaine de permanents - quatre fois moins qu'une scène française de la même envergure. Cette année, le tour de force est encore plus admirable que d'habitude.

Rens. http://www.vidy.ch