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Tarek Halaby en clown blanc, Romeu Runa en Lazare punk et Dimitri Jourde forment le trio d'«Eins Zwei Drei».
© Nelly Rodriguez

Humour

Cour des miracles comique à la mode alémanique

Trois clowns timbrés jouent «Eins Zwei Drei», nouvelle création de l’artiste zurichois Martin Zimmermann. Au Théâtre de Vidy, leurs farces laissent pourtant froid

Le meilleur est à la fin. Ça peut paraître cruel, mais c’est ainsi. Eins Zwei Drei s’achève sur la scène de Vidy à Lausanne. Les clowns Tarek Halaby, Romeu Runa, Dimitri Jourde et le pianiste Colin Vallon – génial, ce musicien – saluent, guettés par un dragon rouge à piques échappé d’un Luna Park. Dans la salle, on soupire: tant de talent pour parvenir à ce spectacle boursouflé.

C’est à cet instant que bondit sur le plateau l’auteur de cette embardée burlesque, Martin Zimmermann, t-shirt blanc comme à son habitude, sourire d’enfant farceur entre le bénitier et la sacristie, galop de poney sauvage. D’une paluche de foire aux miracles, il invite le public à ovationner ses interprètes. Alors, on ne résiste pas, on applaudit rien que pour lui. Et on regrette que cet émule merveilleux de Buster Keaton n’ait pas été sur le plateau, tant Eins Zwei Drei paraît lui avoir échappé.

Farce dans un musée d’art contemporain

Les défauts de la pièce? Le soir de la première, elle était distendue – 1h30 –, plus virtuose qu’inspirée avec ses numéros à rallonge qui s’enchaînent sans dérider ni frapper. Barrière de l’humour à la mode alémanique? De cette équipée, Martin Zimmermann rêvait pourtant depuis longtemps. Il considérait cette rencontre avec Tarek Halaby, Romeu Runa et Dimitri Jourde comme la suite d’un travail sur l’absurde de nos existences, sur le pas de côté à la manière de Charlie Chaplin et de Tinguely – se rappeler le comique machiné de son Hallo, de Gaff Aff, présentés à Vidy aussi. Ses bouffons, il les a installés dans un musée d’art contemporain foutraque, cet endroit par excellence où on spécule sur la valeur d’un homme et de sa création.

Le clown blanc, cette teigne

Au seuil d’Eins Zwei Drei, une nuit montagnarde. Sur scène, des cônes de velours caressés par le clavier de Colin Vallon. Dans un moment, Tarek Halaby saluera dans toutes les langues l’assistance, en petit despote hystérique derrière son pupitre présidentiel. Le clown blanc de la farce, c’est lui. Il sera rejoint par Dimitri Jourde, bonnet brun à grandes oreilles, redingote et barbe de chiffonnier, guiboles élastiques au service d’une gaucherie très maîtrisée. Ils jacassent, se cherchent des poux et déterrent des cadavres. Le sol craque: c’est Lazare (Romeu Runa) revenu d’entre les morts qui surgit, Lazare maigre comme un trappiste, devenu punk avec le temps.

La mort aux trousses

Les pieds nickelés, aurait-on dit à une époque. Dans leur saga, deux séquences sont très réussies. Un tube de néon se détache des cintres, à la verticale. Dimitri Jourde installe une courte échelle sur le piano: juché à 3 mètres de hauteur sur ce perchoir, il essaie de réparer la lampe et risque dix fois de tomber. C’est Jacques Tati et Charlot confrontés à l’imprévisibilité de la matière. La seconde séquence marquante est celle où cette crapule de clown blanc est poursuivie par les murs tournants de sa maison en folie. On retrouve alors la patte Zimmermann, ce plaisir de détraquer la mécanique pour débusquer nos ridicules. Eins Zwei Drei est en l’état un chantier ouvert. La boîte à outils autorise tout. Le clou du spectacle s’y trouve peut-être.


Eins Zwei Drei, Théâtre de Vidy, Lausanne, jusqu’au 8 mai.

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