Je n’ai pas lu L’Art français de la guerre d’Alexis Jenni, nouveau Prix Goncourt 2011, publié chez Gallimard. L’éditeur, qui célèbre cette année son centenaire, était d’ailleurs à la fête à l’Académie Goucourt: cinq voix sont allées à Alexis Jenni, trois à Carole Martinez, elle aussi publiée dans la collection Blanche, ce qui fait huit voix sur dix en faveur de Gallimard.

Ce couronnement rappelle un peu celui des Bienveillantes de Jonathan Littell: un autre livre de guerre, un autre premier roman spectaculaire, un autre Prix Goncourt obtenu lui aussi par Gallimard (en 2006).

Je n’ai pas lu Alexis Jenni, mais voilà longtemps en revanche que je lis Emmanuel Carrère, qui, avec Limonov, Prix Renaudot, a signé l’un des meilleurs, sinon le meilleur livre de cette rentrée 2011. Et je trouve dommage que les dix jurés de l’Académie Goncourt lui aient préféré Alexis Jenni. Encore une fois, je n’ai pas les moyens de juger L’Art français de la guerre, mais Emmanuel Carrère méritait vraiment le Goncourt

C’est un écrivain confirmé, qui ne cesse d’affiner son point de vue sur le monde, de travailler son style. Il est passé par la fiction et creuse depuis des années une nouvelle veine, celle du roman-vrai. De L’Adversaire à Limonov en passant par D’autres vies que la mienne, il développe peu à peu une éthique, un véritable regard sur le monde, un regard courageux et authentique. Il construit une œuvre cohérente et passionnante. Le Renaudot, bien sûr, ce n’est pas si mal. C’est vrai. Mais ce n’est pas le Goncourt!

La bonne nouvelle est que, si Emmanuel Carrère n’a pas eu le Goncourt cette année, il peut encore l’avoir dans celles qui viennent. En espérant que l’Académie Goncourt n’attende pas le centenaire de son éditeur, P.O.L, qui ne tombe qu’en 2083…