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Coudre ses propres vêtements, une passion qui fait un peu plus d’émules chaque année.

Style

La couture file le parfait amour

La bonne vieille machine à coudre sort des recoins oubliés pour redevenir un objet adulé. Plus que jamais à la mode, la couture crée l’engouement chez les jeunes qui forment une vraie communauté de passionnés connectés

Il fut un temps où le mot «couture» évoquait encore les ourlets, les patchworks et la poussière d’un vieux tiroir à boutons. Aujourd’hui pourtant, les machines semblent avoir définitivement quitté l’obscurité des placards et connaissent une nouvelle jeunesse. Surfant sur la tendance du «faire soi-même», la couture version 2016 rime avec création plutôt que raccommodage. Et séduit un public de plus en plus jeune et branché.

«Les clientes sont beaucoup plus inventives et passionnées qu’il y a quelques années», observe Elsa Lorenzetti, coordinatrice marketing chez le fabriquant suisse de machines à coudre Elna. «La mode du «do-it-yourself» en couture est en pleine expansion. Pour preuve: la Journée internationale de la machine à coudre célébrée le 13 juin dernier. Cette popularité s’explique également par l’influence des vidéos et articles en lien avec les émissions de couture».

Il faut dire que si Top Chef a largement contribué à remettre l’art des fourneaux au goût du jour, la couture a elle aussi connu une récente médiatisation. On pense notamment à l’émission de téléréalité française «Cousu main», qui voit s’affronter une dizaine de couturiers amateurs, entre épreuves techniques et «customisation». La finale de la saison 2, en mars dernier, a réuni à elle seule plus d’un million de téléspectateurs. Une aubaine pour Elsa Lorenzetti: «Tout cela a contribué à donner un côté plus moderne et «fun» à l’activité. Aujourd’hui, c’est très tendance de dire qu’on fait de la couture, qu’on prend des cours ou qu’on va dans un café-tricot».

Du fil en ligne

Tellement tendance que les arts du fil ont désormais envahi la toile, où l’on voit fleurir blogs, tutoriels et sites de vente de matériel destinés aux passionnés de la discipline. Mais pas de petites fleurs de grand-mère: la couture 2.0 est à la pointe de la mode.

Des motifs et des coupes dans le vent, c’est bien le créneau du site Tissu&Co, fondé par la Vaudoise Ana Oliveira. Elle-même accro de la bobine, elle va régulièrement chercher l’inspiration sur des blogs de couture étrangers, au style bien éloigné des merceries de son quartier. Mais Ana regrette de ne pas trouver ce genre de produits en Suisse: «Je faisais venir les tissus de France ou d’Angleterre, mais cela restait cher, entre les frais de port et les taxes de douane».

Elle décide alors de créer, il y a deux ans, sa propre boutique en ligne de matériel de couture: kits, patrons et textiles, tous inspirés des dernières tendances anglo-saxonnes: «j’ai voulu proposer des produits moins traditionnels pour une mode contemporaine, qui évolue au gré des saisons. Cet été par exemple, ce qui fait fureur, c’est la broderie anglaise et le lin». Rapidement, l’offre de Tissu&Co attire bon nombre d’expertes de l’aiguille mais aussi de jeunes débutantes en quête de looks actuels, qui passent plus volontiers commande sur internet que leurs aînées.

Un argument de vente

Line est l’une d’entre elles. À 25 ans, cette infirmière originaire de Court confectionne ses propres robes et t-shirts depuis des années. Elle connaît bien le monde fourmillant de la couture en ligne, qui a fini par adopter les mêmes codes que celui du prêt-à-porter: «les grandes marques de patrons et de tissus sortent des collections tous les 6 mois, comme H&M peut le faire. Ils font du teasing, ça crée un événement à chaque fois, c’est même un peu la course à celui qui aura fini le modèle en premier!». La jeune femme retrouve ensuite les vraies fashionistas de couture sur Instagram, grâce aux hashtags prévus pour l’occasion, afin de suivre les avancements des unes et des autres.

Si Line surveille attentivement les nouveautés, la couture, au-delà du facteur tendance, c’est aussi une question d’éthique: «J’aime pouvoir choisir le tissu, connaître sa provenance, trouver des matières éco-responsables. Je peux gérer toute la ligne de fabrication moi-même!»

J’aime pouvoir choisir le tissu, connaître sa provenance, trouver des matières éco-responsables. Je peux gérer toute la ligne de fabrication moi-même!

Certaines marques de vêtements ont bien compris le succès du «fait maison hip», et ont même choisi d’en faire un argument de vente. C’est notamment le cas de la ligne parisienne «Wear Lemonade». Lancée l’année dernière, celle-ci propose chaque mois un vêtement inédit, à commander tout prêt… ou à réaliser soi-même à la maison. Pour une vingtaine de francs, vous recevrez donc un patron de chemise, de salopette ou même de trench, accompagné d’une ribambelle de conseils de réalisation… et de quelques soirées de travail en perspective. Acheteuses compulsives et impatientes, s’abstenir.

Couture et lecture

Mais le renouveau de la couture 2.0 n’a pas totalement éclipsé le plus classique marché des livres créatifs, qui tente lui aussi de prendre le pli. Si les femmes d’âge mûr représentent encore leur principale clientèle, les éditions franco-belgo-suisses Le Temps Apprivoisé, qui proposent une large palette de guides de couture, veulent soigner la part grandissante de lectrices «novices entre 20 et 35 ans».

Un nouveau public à conquérir, en misant notamment sur des livres plus attrayants et colorés. Et en restant à la page: «En matière de déco, le style nordique est très populaire, commente Stéphanie Sanchez, responsable presse à la maison d’édition. Il y a un vrai retour du macramé, avec beaucoup de tissage et de fils pendus. Nous avons donc sorti un nouvel ouvrage sur le sujet en mai dernier».

Si les Suisses, en comparaison avec leurs voisins européens, restent plus friands de bricolage que de couture, la folie du point semble lentement gagner les demeures des Helvètes. A parier que les machines n’en ont pas fini de cliqueter.

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