Dès aujourd'hui et jusqu'au 4 octobre, Bienne propose la deuxième édition de ses Journées photographiques. La fête ce soir, puis un plein mois d'images dans une Vieille-Ville investie par des expositions, des projections, des conférences et des rencontres.

Pourquoi Bienne? Oui, d'où vient la volonté de tremper la ville dans un bain de révélateur, de la fixer et de l'agrandir, toujours davantage, avec comme espoir de la métamorphoser un jour en capitale suisse de la photographie, comme Locarno serait la capitale suisse du cinéma ou Montreux celle du jazz?

L'esprit du lieu se prête bien à l'ambition. L'identité de Bienne est liée à la photographie depuis plus d'un siècle. Dès 1878, la société Engel-Feitknecht s'impose comme le spécialiste suisse des chambres d'atelier ou de voyages. Depuis cette lointaine époque, la ville bilingue a toujours accueilli de grandes marques professionnelles, à l'enseigne de Leica, Minox ou Hasselblad. Voici plus de vingt ans que la Municipalité suit l'évolution de la photo contemporaine, en achetant régulièrement des tirages pour sa propre collection. Avec le canton de Berne, la ville subventionne le Photoforum du centre Pasquart, l'un des principaux animateurs de la scène photographique suisse depuis quinze ans.

Voilà pour le terrain, favorable. Restait à trouver des énergies, des idées. Elles sont venues du Photoforum, ainsi que d'une association créée pour l'occasion, Fous d'images. Ensemble, ils ont lancé l'an dernier les Journées photographiques. Malgré ses faibles moyens, la première édition a eu un large écho.

Soutenues par Le Temps, le Bund et une constellation de mécènes et de sponsors, les deuxièmes Journées photographiques affichent aujourd'hui des moyens renforcés et une ambition à l'avenant. Vingt-quatre photographes ont investi quatorze lieux connus ou insoupçonnés de la Vieille-Ville. Le thème général, point de ralliement autant que profession de foi, s'articule autour de «Sud et migrations». Il se décline avec les images passées et contemporaines du bassin méditerranéen, d'Espagne, de Cuba et d'ailleurs, confronte le Maghreb ancestral à la cruelle réalité de 1998, en particulier dans la capitale algérienne.

Déjà, dans les années cinquante, la photographe Henriette Grindat écrivait: «Une ville d'angoisse et de peur, […] une ville dont les journaux évoquent tous les jours des incidents sanglants, une ville en pleine évolution mais combien douloureuse». A Bienne, ses images sont confrontées avec les reportages récents de Michael von Graffenried et de Hocine, le photojournaliste algérien qui, exemple éclatant de la force de son médium, a mis l'an dernier les consciences sens dessus dessous avec son image d'une mère foudroyée de douleur.

Enfin, dans un registre différent, les Journées photographiques proposent la ligne claire du magazine français Les Inrockuptibles, qui privilégie depuis plus de dix ans d'excellents portraits d'artistes. Carte blanche a également été donnée à une série de jeunes créateurs. Très riche, le programme biennois balance l'ombre et la lumière, la gravité et la joie, hier et aujourd'hui avec l'énergie propre aux jeunes manifestations. Il saura plaire aux passionnés de photo autant qu'aux amateurs de découvertes.