Le Samedi Culturel entame aujourd'hui une série sur l'aventure chrétienne, qui a commencé il y a deux mille ans. Vingt siècles, donc, que nous évoquerons en vingt numéros, jusqu'au 18 décembre. Au-delà de la commémoration, pourquoi une telle opération? L'inculture religieuse règne en maîtresse à la fin de ce deuxième millénaire, et l'histoire du christianisme occidental ainsi que les fondements théologiques des confessions qui le composent sont souvent réduits à une succession de clichés négatifs, qui laisse dans l'ombre la face glorieuse de cette religion. Socle sur lequel, faut-il le rappeler, repose notre civilisation.

Car on préfère évoquer aujourd'hui la figure diabolique de l'inquisiteur Torquemada ou les excès des premiers missionnaires en Amérique latine plutôt qu'un François d'Assise ou l'activité caritative et intellectuelle de milliers de chrétiens. A une époque caractérisée par le relativisme des valeurs et l'individualisme, on associe les crispations doctrinales de certaines Eglises à un obscurantisme «moyenâgeux». Tant et si bien que la nécessaire alliance entre foi et raison que présuppose le christianisme se dilue aux yeux de ses détracteurs dans les méandres d'un irrationnel méprisé.

Bref, le discrédit dont souffre cette religion a bon teint et fait office de credo moderniste. Pourtant, force est de constater que l'athéisme n'envahit pas les terres où le christianisme semble connaître un reflux. L'heure est aux religiosités diffuses et syncrétiques, à l'engouement pour des religions orientales difficilement importables, à la prolifération de sectes ou de nouveaux mouvements religieux. Il en résulte une perte des repères et une incapacité à trier le bon grain de l'ivraie.

Bien entendu, les Eglises ont leur part de responsabilité dans le rejet dont elles font l'objet. Mais tout laisse à penser que ce dédain se maintient ou avance plus par la force d'inertie des préjugés que par une analyse sereine et impartiale de la situation. L'arbre desséché d'un monothéisme intolérant et rigide cache encore trop souvent la forêt d'une religion bien vivante et dynamique, aux multiples facettes. A l'orée du troisième millénaire, il est temps de faire la part des choses. Que l'on soit croyant ou non, le christianisme interpelle chacun d'entre nous, ne fût-ce que par les traces profondes qu'il a laissées dans notre culture.

La série qui commence aujourd'hui et prendra donc fin à la veille de Noël entend retracer, dans les limites du cadre imposé, les étapes historiques principales du christianisme, avec ses ombres et ses lumières. La présentation de quelques figures bibliques jalonnera ce parcours.

Si la Bible est le best-seller de tous les temps, elle reste sans doute un des livres les plus troublants qui soient par les contradictions, les incohérences et la violence qu'elle contient. La multiplicité des interprétations possibles déroute le lecteur qui y cherche des certitudes inébranlables. Trop souvent, à la lecture littérale qu'en font les fondamentalistes de toutes confessions s'oppose un rationalisme étroit qui refuse de croire à des sornettes que la science et l'histoire ont réfutées depuis longtemps. C'est oublier que la Bible utilise un langage symbolique pour faire entendre un message qui ne peut se lire qu'entre les lignes.

Encore une fois: que l'on soit croyant ou non, la Bible s'adresse à tous les hommes, car à travers les siècles elle transmet, à l'instar des grandes œuvres de la littérature universelle, l'histoire d'une expérience fondatrice d'humanité qui est celle de chacun d'entre nous: notre relation à autrui.

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