Le Ballet du Grand Théâtre de Genève rend hommage à Fellini et au cinéma italien des années 60. François Passart et Giorgio Mancini, les deux directeurs de l'institution, ont proposé à Laura Scozzi, jeune chorégraphe milanaise, d'adapter pour la scène La Dolce Vita, l'un des chefs-d'œuvre de Fellini, réalisé en 1959. Les esprits chagrins se gausseront peut-être de cette danse qui se tourne vers le cinéma pour trouver matière à danser. C'est oublier un peu vite que le cinéma s'est nourri et se sert toujours abondamment de la littérature pour trouver des histoires à filmer. Qu'un film, pas seulement son scénario mais aussi l'aura qui l'entoure, donne naissance à un spectacle de danse, voilà qui est plus rare.

La Dolce Vita se laisse voir et revoir comme un film de chevet, qui prend d'ailleurs une teinte différente selon qu'on le regarde adolescent ou adulte. La vie facile des «riches et célèbres», la beauté des élégantes à talons aiguilles, la désinvolture cynique d'un Mastroianni plus Mastroianni que jamais peuvent bluffer à la première vision. Et ce d'autant que les images qui sont entrées dans la mythologie contemporaine sont celles d'une sexualité épanouie et d'une fête qui durerait toute la vie (Anita Ekberg dans la fontaine de Trevi). Le film ne livre qu'ensuite tout son spleen et toute sa cruauté.

Laura Scozzi s'est fait un nom par le hip-hop et par une liberté de ton qui lui permet tous les mélanges, toutes les citations. De cette liberté, elle aura besoin pour faire face au monument filmique. Cet hommage à Fellini est aussi l'occasion de saluer son fidèle compagnon de création, le compositeur Nino Rota, dont la musique servira évidemment de bande-son au spectacle. Une telle entente entre deux artistes, une telle amitié, est une œuvre d'art en soi. Fellini filmait comme personne les farandoles, les groupes de clowns, de riches, d'errants, allégories dansantes de l'humanité en quête de sens. Nino Rota trouvait les notes pour magnifier ces fuites en avant de fêtards condamnés d'avance.