Depuis son départ, la question est récurrente: quel héritage Pipilotti Rist laissera-t-elle à Expo.01? Bien qu'elle ait été critiquée pour son incapacité à donner un contenu à cette manifestation nationale, l'artiste vidéaste avait réussi à nous emporter dans ses rêves. Nous nous étions laissé aller à son originalité, sans trop nous poser la question de sa concrétisation. Nous avions alors cru à l'utopie de la directrice artistique, qui nous emmènerait de Bienne à Yverdon, en passant par Neuchâtel et Morat. Ce devait être cela, Expo.01: une aventure hédoniste.

Avec l'arrivée de Martin Heller, l'exubérance émotionnelle laisse place à la rationalité, l'artiste à un directeur de musée et l'idéaliste à un pragmatique. C'est devenu un leitmotiv: il ne s'agit plus d'imaginer, mais de construire. Il est vrai que le temps presse. «Chaque semaine passée est une semaine perdue», avertit le nouveau directeur artistique. Il faut désormais séduire l'économie, sans l'aide de laquelle cette exposition ne pourrait exister, rappelle l'actuel directeur du Museum für Gestaltung de Zurich.

On ne peut s'empêcher d'être refroidi par cet excès de réalisme, certes nécessaire à un peu plus de deux ans de l'ouverture de l'Exposition nationale, mais ô combien réducteur pour celles et ceux qui s'étaient laissé bercer par la magie de Pipilotti. Martin Heller promet, certes, de reprendre ses projets ainsi que ceux du jury de sélection, mais à deux conditions: qu'ils soient «intéressants et réalisables». C'est dire qu'il s'autorise une grande marge de manœuvre par rapport à ce qui a déjà été conçu. D'autant qu'il ne se considère pas comme celui qui doit achever un processus en cours, mais comme l'architecte d'une nouvelle étape d'Expo.01: celle de la mise en scène des projets.

On ne saurait toutefois réduire Martin Heller à un simple bâtisseur. L'historien de l'art et ethnographe a prouvé, à travers son travail muséographique, qu'il savait poser de bonnes questions et enthousiasmer son public en recourant à l'expérimentation, à la provocation et au plaisir. Il ne faudrait donc pas préjuger trop tôt de sa capacité à conserver une part de l'héritage «pipilottien», même si le cartésianisme qu'il affiche pourrait nous faire douter du contraire.

L'autre gageure de Martin Heller sera de montrer rapidement du concret au public et aux pouvoirs économiques. Pour l'instant, s'estimant trop neuf à son poste, il ne s'exprime guère sur le contenu de la manifestation. Mais il promet de présenter une vingtaine de projets d'ici fin avril. Et de souhaiter dans l'immédiat qu'Expo.01 dresse, à l'aube du prochain millénaire, un «bilan de ce dont la Suisse est capable».