Les ruines les plus célèbres du monde menacent ruine. Pompéi, le site archéologique le plus visité d'Italie, l'un des plus grands musées à ciel ouvert, est exposée à d'innombrables périls. Lente corrosion des agents atmosphériques, pollution, déprédations causées par le passage annuel de millions de visiteurs. Rien d'incurable, du moins apparemment, dans ces dégradations qui, somme toute, affligent toute ville et qu'un seul mot résume: l'argent. Pompéi souffre d'un manque chronique de moyens. Le surintendant des sites vésuviens, l'archéologue Pier Giovanni Guzzo, le clame depuis deux ans: Pompéi a besoin de 500 milliards de lires.

Il est en revanche souvent impossible de remédier aux erreurs commises depuis la découverte du site en 1748, comme certaines restaurations fautives qui sont parfois imputables à l'état des connaissances archéologiques du temps. Ces erreurs font désormais partie de l'histoire de Pompéi. On ne saurait enfin oublier le Vésuve, qui constitue, lui, une menace de mort permanente. Est-il bien sage de laisser «in situ» cet extraordinaire témoignage de l'Antiquité que l'Unesco a classé – en 1997! – au Patrimoine de l'humanité?

Pompéi risque-t-elle de mourir une seconde fois? Non pas engloutie comme en 79 de notre ère par une nouvelle éruption du Vésuve, que nul ne peut prévoir, mais d'incurie. A lire les articles de presse de ces deux dernières années, et pas seulement ceux de la presse italienne, qui crient à la catastrophe, rien ne paraît plus sûr. Un grand hebdomadaire italien parlait même, en 1997, d'une «mort annoncée». Et un grand quotidien français, toujours en 1997, de «la deuxième apocalypse de Pompéi». Dans Vie, mort et résurrection d'Herculanum et de Pompéi (10x18, 1963), Egon Caesar comte Corti montrait combien les fouilles effectuées à Pompéi depuis sa découverte en 1748 sont inséparables du politique. Cette découverte marque le passage de l'«antiquarisme» à l'archéologie, de la chasse au trésor à laquelle les antiquaires des Bourbons se livraient pour enrichir les collections personnelles du roi de Naples à l'exploration scientifique du passé. Il faudra attendre 1860 et l'unité italienne pour assister à la fois, avec Victor-Emmanuel II, à un véritable effort politique de recherche sur le passé et à l'apparition codifiée de méthodes de fouilles enfin scientifiques.

L'homme et le monument ont connu la même évolution historique. Du moins depuis le XVIIIe siècle. Leur dignité universelle est aujourd'hui reconnue par une charte: les Droits de l'homme pour le premier et le Patrimoine de l'humanité pour le second. Les Droits de l'homme n'empêchent pas les hommes de se massacrer, bien sûr. Mais on imagine mal de voir dépérir Pompéi, qui n'a peut-être jamais été aussi bien protégée, y compris par le tourisme de masse, son principal pourvoyeur de fonds. Sauver ce site classé au Patrimoine de l'humanité, c'est une question de volonté politique et, si volonté politique il y a, une simple question d'argent. Il faudrait, pour ce faire, 500 milliards de lires sur dix ans – 40 millions de francs par année: c'est 50 millions de moins de ce qu'a coûté le film Titanic.