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En couverture: Hitchcock ™

Alfred Hitchcock aurait eu 100 ans le 13 août 1999. Le Festival de

Alfred Hitchcock aurait eu 100 ans le 13 août 1999. Le Festival de Locarno, qui débute mercredi prochain, a choisi de fêter l'anniversaire le vendredi 13, avec la projection d'une copie restaurée des Oiseaux (1963), en présence de la comédienne Tippi Hedren. Un événement contondant parmi ceux, nombreux, qui célébreront le Maître. Et tandis que livres et articles accompagnent déjà l'hommage, il faut se demander ce qui sera fêté au nom de Hitchcock. Ses films? Un peu. Hitchcock lui-même, son nom, son personnage? A la folie.

Car «Hitch» reste à ce jour l'unique réalisateur qui a réussi (et cherché) à vendre son image sans être comédien. A la question «l'artiste peut-il se vendre comme une boîte de conserve?», il a répondu, sans s'en cacher et avec calcul: oui! Après ses études à la School of Engineering and Navigation de Londres, il avait suivi des cours aux Beaux-Arts de l'Université: il savait donc dessiner et encore mieux «se» dessiner.

En 1926, prétend-il dans son fameux entretien avec François Truffaut, certains plans de The Lodger ne contiennent pas assez de figurants à son goût. Il se glisse donc dans l'image par deux fois et inaugure ainsi ses traditionnelles apparitions dans chaque film. «C'est un gag assez encombrant, et pour permettre aux gens de regarder le film tranquillement, je prends soin de me montrer ostensiblement dans les cinq premières minutes.» Le jeu autopromotionnel, lui, est aujourd'hui encore furieusement efficace. Quasi une marque de fabrique: Hitchcock TM.

Car à partir de 1955, l'année où il prend la nationalité américaine, il décide en effet de produire du «Hitch» à la chaîne. Il vend son nom pour la publication d'un Alfred Hitchcock Magazine, pour la série télévisée «Alfred Hitchcock Presents» et enfin à des recueils de nouvelles parus en français sous le titre déclinable «Histoires à…» (… faire peur, dresser les cheveux, etc.). Le contenu? Il ne s'en soucie guère. Durant la seule année 1956, il touche, cinéma compris, quatre millions de dollars d'époque.

Le jour où la nouvelle de son décès parvient en Europe, fin avril 1980, un ami m'annonce: «Nous n'aurons plus d'histoires effrayantes à lire: Hitchcock est mort.» Comme les gamins d'aujourd'hui palpitent avant l'arrivée de Star Wars, deux petits écoliers d'il y a vingt ans, victimes d'un merchandising hitchcockien exploité jusqu'à la lie, regrettaient les récits d'un grand-père dont ils connaissaient parfaitement le visage et pas du tout les films.

Sur la Piazza Grande vendredi 13, la projection des Oiseaux sera précédée par sa bande-annonce: on y voit le cinéaste, entouré de chapeaux à plumes, expliquer pourquoi les oiseaux haïssent les hommes.

Alfred Hitchcock aurait eu 100 ans, mais le «Hitch», lui, a encore tellement de stocks à épuiser que cet anniversaire n'y suffira pas.

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