La perfection du son. Dans les catalogues de chaînes hi-fi, les bancs d'essai des magazines spécialisés, l'expression fait encore recette. Depuis qu'Edison, à la fin du XIXe siècle, a tenté de graver le son sur un cylindre de cire, l'histoire technologique de notre époque a pris l'aspect d'une quête d'un son libéré de tous les parasites accidentels. Stéréophonie, quadriphonie, son surround ou enveloppant: tous les systèmes sont bons pour combler les attentes d'audiophiles amoureux de «beau son».

Narcisse épris de son reflet, l'homme du XXe siècle demeure fasciné par la reproduction musicale, brandissant le terme de «haute-fidélité» pour décrire cette relation de soumission à la perfection technologique du son enregistré. Car cette «fidélité» n'est pas sans évoquer l'image du petit chien de «La Voix de son maître», en arrêt devant l'enregistrement de celui qui le nourrit. Encore figée dans cette position d'écoute émerveillée, la grande majorité des mélomanes d'aujourd'hui se fie à la chimère d'un son toujours plus épuré et clinique, dépassant déjà depuis longtemps les conditions «réelles» de l'écoute musicale.

A cette soumission répond cependant un mouvement souterrain, composé d'irréductibles amateurs d'imperfections sonores. Du compositeur français Pierre Henry, affirmant que la stéréo est une aberration, au mouvement lo-fi (par opposition à la hi-fi) du rock américain, la résistance s'organise. Aujourd'hui toutefois, avec l'avènement du format MP3, le débat prend une tournure décisive. Le paradoxe de la compression informatique réside dans le fait que tous la considèrent comme un format d'avenir, alors que sa qualité sonore reste médiocre. Dès lors, le progrès ne serait plus dans la qualité acoustique, mais dans la facilité d'accès et d'utilisation. Le «beau son» aura-t-il seulement un sens pour l'écoute musicale du XXIe siècle?