Jusqu'il y a un an, la science et la science-fiction se regardaient en chiens de faïence, tout au moins dans les mentalités européennes. Et soudain, surprise: le Musée de la science-fiction, des utopies et des voyages extraordinaires, la Maison d'Ailleurs à Yverdon-les-Bains, est mandaté par l'Agence spatiale européenne (ESA) pour chercher des «idées scientifiques» dans… des œuvres de fiction. Dix mois après, mission accomplie: les enquêteurs rendront dans deux jours un volumineux rapport, Study on Innovative Technologies from Science Fiction. Nous présentons aujourd'hui en primeur quelques perles de ce document captivant.

Science, fiction, science-fiction… La rencontre est-elle toujours aussi incongrue, près de quatre-vingts ans après l'invention de ce genre clé du XXe siècle qu'est la SF? Si elles peuvent prêter à sourire, ses fabulations regorgent pourtant d'inventions en tout genre, plus ou moins crédibles. Les limiers réunis par la Maison d'Ailleurs les ont traquées. Pour révéler une proximité née d'une relation nouvelle entre laboratoires et contrées imaginaires. Autant dire le mariage de la carpe et du lapin.

Il fallait pour cela une zone neutre où la rencontre puisse avoir lieu: ce terrain vague, c'est le futur. En se projetant dans un avenir hypothétique, certains chercheurs imaginent les conséquences de leurs travaux tandis que les écrivains jugent le présent à l'aune de la domination techno-scientifique croissante.

En fait, l'écrivain de SF partage avec le scientifique (et le philosophe, comme l'ont théorisé les auteurs d'une récente étude, Science-fiction et Philosophie, aux Editions Vrin) un goût renouvelé pour l'étonnement. De même que bien des scientifiques disent être animés par une sorte de poétique du mystère (de la matière, du vivant, des astres, etc.), l'écrivain de SF se nourrit de son émerveillement face aux puissances humaines… et le fait souvent suivre d'une cinglante critique.

Que l'ESA cherche aujourd'hui à dresser le catalogue des trouvailles fabulatrices du siècle, voire à s'en inspirer, prouve au moins une chose: cette relation d'amour-haine nouée au fil des décennies est, elle, bien réelle.