Culture

En couverture: Sorcières. Elles sont parmi nous

Profitant de l'événement controversé de la rentrée théâtrale, Sorcières

Profitant de l'événement controversé de la rentrée théâtrale, Sorcières de Joël Pasquier, dans la mise en scène d'Anne Bisang, nous avons voulu en savoir plus. Plus sur cette sorcière genevoise, Rolette Revilliod, exécutée en 1626 à Jussy et dont la Comédie de Genève nous raconte les dernières semaines. Une «relaissée» comme on les appelait à l'époque, brûlée pour avoir provoqué la mort d'une vache, entre autres méfaits. En savoir plus également sur sa lointaine cousine Anna Göldin, dernière femme en Europe à avoir été exécutée officiellement pour sorcellerie. C'était à Glaris, en 1782. Dans les deux cas, il s'agit toujours du même procédé: un chef d'accusation ténu, voire inexistant, et une condamnation maximale.

Les bûchers se sont éteints depuis longtemps. Plus personne ne croit aux sorcières en tant que suppôts du Diable. Alors pourquoi continue-t-on à les chasser? Chaque fois qu'une communauté diabolise ses minorités; chaque fois qu'une société, pour se préserver de ses peurs, a besoin de désigner ses boucs émissaires; chaque fois qu'un pays en guerre aspire à la «pureté» en sacrifiant ceux qu'il considère comme nocifs à la réalisation de son «idéal», des bûchers, symboliques ou réels, se remettent à brûler.

Les femmes ont toujours été plus exposées. Entre le XVIe et le XVIIe siècle, pour un sorcier, quatre sorcières étaient brûlées. Pour des raisons économiques d'abord: plus nombreuses à cette époque que les hommes – qui, eux, étaient à la guerre –, elles devenaient dangereuses par leur nombre et leur capacité à prendre les rênes de la société. Ce n'est pas un hasard si les sages-femmes et certaines religieuses (la population féminine la plus lettrée) furent les premières persécutées. Pour des motifs irrationnels, ensuite, qui vont du pouvoir de séduction à la complicité avec la nature, en passant par le commerce avec le Diable.

Première sorcière mythifiée, Eve, dont la complicité avec le serpent a coûté à l'humanité le paradis terrestre. Est-ce à dire qu'en chaque femme sommeille une sorcière? C'est en tout cas la thèse que défendent certains mouvements féministes qui y voient la figure d'un contre-pouvoir permanent. Lequel se résume en fait à la puissance affirmée de son propre sexe, avec ses atouts et ses faiblesses. Ainsi définies, les sorcières sont toujours vivantes. Elles se recrutent dans les agences de top models, dans le monde du show-business, dans l'univers politique, les médias, l'art, le sport, la pub.

Mais aussi dans la rue, ou dans les familles. Elles sapent des convictions, défont des mythes, créent des chaos créatifs, inventent de nouveaux modes de conduite, s'emparent du pouvoir sans craindre le ridicule. Au XVIe siècle, elles auraient été brûlées. Aujourd'hui elles jouissent d'une immunité médiatique telle que leurs hauts faits se transforment en contes et légendes modernes. Seul un dernier bûcher peut encore les menacer. Celui des vanités.

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