La photo est affaire d'instants décisifs. La Fondation suisse pour la photographie, garante de la conservation, de l'exploitation et de la diffusion du patrimoine suisse, peut en témoigner. En juin dernier, suite à un coup de théâtre, cette fondation trentenaire décidait de quitter le giron du Kunsthaus de Zurich pour s'installer à Winterthour. Grâce à l'appui de la Fondation Volkart, qui amène une dizaine de millions dans le projet, un haut lieu de la photo, d'ambition vraiment internationale, ouvrira ses portes en 2003. Il prendra place, beaucoup de place, dans une ancienne usine, en face de l'actuel Fotomuseum. Celui-ci, qui pourra aussi se déployer dans le nouvel espace, dialoguera avec la Fondation suisse pour la photographie. Les nouveaux partenaires géreront de concert les espaces d'exposition, les structures d'accueil, les réserves pour leurs fonds et collections. Ils cherchent actuellement un troisième acteur qui se dédierait, lui, aux nouvelles technologies.

La photographie patrimoniale et artistique, le passé et le futur, l'image de la Suisse et les regards sur le monde seront unis dans le même lieu, baptisé «fotozentrum.ch». Regarder évoluer la Fondation et le musée sera passionnant. Leur association pragmatique incarne les débats sur le médium (un art ou une archive?), sur le mécénat, ainsi que sur les relations entre les institutions spécialisées du pays. Constituées en réseau, ces dernières pourraient craindre une trop grande centralisation de la photo et des subsides de la Confédération à Winterthour. Ainsi qu'une capacité de séduction auprès du grand public qui pourrait leur faire de l'ombre. Ce genre de réflexe, ou de peur, avait encore cours l'an dernier, lorsqu'était discuté un projet de loi sur l'encouragement à la photographie, qui, croyait-on, aurait trop favorisé la Fondation de Zurich. Or non seulement cette institution lâche Zurich, mais le projet de loi, trop lourd et contraignant, a été abandonné au profit d'un décret plus souple. Un dialogue s'est depuis lors engagé. Les acteurs de la photographie, notamment en Suisse romande, voient plutôt d'un bon œil l'expérience qui se joue à Winterthour.

Un point focal de l'image, tel que se profile le «fotozentrum.ch», ne peut qu'aider à populariser encore davantage l'«écriture lumineuse» inventée par Daguerre. Qu'importe la langue ou les deux à trois heures de train, nous irons à Winterthour.