Musique

Creaked Records, trois lustres à faire tourner les disques

Tout au long de l’année, le label électro biennois fête son 15e anniversaire. Et tout prochainement en Valais, pour le PALP Festival

En Suisse romande, depuis une vingtaine d’années, il y a toute une série de labels qu’on prend plaisir à voir perler dans le ciel des musiques aventureuses, et cela tous styles confondus (attention, suit ici une liste fatalement subjective et tout sauf exhaustive): Hummus, Three: Four, Bongo Joe, Danse Noire, Helvet Underground, Cold Smoke, Dead Vox… Et puis il y a celui qui peut faire office de vétéran: Creaked. La maison a été fondée il y a quinze ans à Lausanne par Léo Wannaz («A l’époque, le label n’avait pas de bureau, tout se faisait dans ma chambre», dit-il); elle s’est délocalisée depuis à Bienne, et elle célébrera son anniversaire ce week-end en ville de Sierre dans le cadre du projet Carnötzet – l’une des multiples déclinaisons du PALP Festival.

Ecouter: un entretien et un mix de Léo Wannaz sur Couleur 3

Une générosité festive et fluorescente

Viscéralement, Creaked est aujourd’hui un label de musique électronique. Ce qui ne veut pas dire grand-chose, alors précisons: situé au carrefour de l’électro au sens large, de la pop et des expérimentations, le son que Léo Wannaz aide à faire naître se caractérise par une générosité festive et fluorescente et par un goût prononcé pour l’humour – à titre d’exemple, le Jura de Larytta (sorti par ses soins en 2014) était tout autant un gigantesque éclat de rire qu’un album rythmiquement body-buildé.

On ajoutera par exemple que First Box Then Walk (2010) et Kokokyinaka (2013) – les deux albums que Oy (alias Joy Frempong) a sortis chez Creaked – restent des monuments d’expérimentations menées à hauteur d’auditeurs: c’est-à-dire pleines de largesse et de bienveillance. On terminera en rappelant que le label a accueilli dans ses listes (outre les précités) toute une série de signatures qui font (ou qui ont fait) les scènes d’ici: Julien Aubert, Opak, Consor, Starting Teeth, Isolated Lines, Gaspard de la Montagne, ou encore Verveine. Bref: autant de propositions qui, si elles peuvent se retrouver dans le tronc commun de l’esthétique générale de Creaked, mettent en scène des stylistiques variées.

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A Bienne, la mixité des genres et des publics

Une variété qui résonne avec le credo pluraliste de Léo Wannaz. Et qui a peut-être fondé le nomadisme qui l’a fait passer d’un lac à l’autre. Il explique: «Je ressens très fortement l’énergie créative de Bienne. C’est une ville très tolérante, multiculturelle. C’est évident que les prix et le coût de la vie ont été un facteur déterminant pour le déménagement du label. Mais il y a surtout ici une très grande effervescence artistique, ainsi qu’une importante mixité des genres et des publics – que l’on ne trouve pas forcément à Lausanne.»

Pour fêter ses trois lustres, Creaked emmène en Valais toute une série d’affiliés de longue date (Gregorythme, La Vie C’est Facile…) et de jeunes pousses (Stastava, Klench Poko…). Puis suivront une boat party sur le lac de Neuchâtel, des soirées genevoises, et biennoises encore. Et une compilation pour marquer le coup. Bref, de quoi taper un beau panorama.


Palp Festival, Sierre. Samedi 8 et dimanche 9 juin.

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