éditorial

Les créateurs romands se lancent dans l’ébullition mondiale des séries

ÉDITORIAL. La RTS dévoile sa nouvelle série, «Double vie», préparée en collaboration avec des artistes belges. Pendant ce temps, «Quartier des banques» connaît une carrière mondiale

On peut avoir quelques réserves à propos de Double vie, la mini-série que la RTS lance ce jeudi, mais il faut prendre la mesure du progrès dans ce secteur.

Certes, le téléspectateur romand partait d’assez bas, avec des comédies souvent pas drôles. Toutefois, depuis une décennie, la lente montée en gamme se confirme, en particulier par Quartier des banques en 2017. L’enjeu devient national: alors que la SSR doit faire des économies, la fiction sera le domaine épargné, et même mis en avant, c’est un aspect du programme de Gilles Marchand depuis son accession à la tête de la holding publique. Et c’est le plan de n’importe quel responsable de TV publique européenne en ce moment. Alors que les déferlantes Netflix ou Amazon écrasent les terres audiovisuelles mondiales, les directeurs de chaînes contre-attaquent.

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Des inspirations croisées

L’exemple est connu, c’est le modèle danois, qui date d’avant le streaming, dès le triomphe de The Killing en 2007. Comme d’autres, les Suisses romands ont imité la méthode de Copenhague, soit organiser des concours, travailler avec des producteurs indépendants… On est dans un petit monde: plus récemment, les Belges francophones se sont inspirés des Romands. Les réseaux s’intensifient, des alliances se forment. Ce n’est pas tout à fait un hasard si le héros de la plus grande série wallonne du moment, La trêve, est interprété par un Franco-Suisse, Yoann Blanc, lequel apparaît dans Double vie, une production pétrie d’interactions avec la Belgique.

La création TV romande s’émancipe de l’antique lien provincial d’avec la France. A l’heure où une série inconnue d’une modeste chaîne espagnole peut devenir l’une des fictions les plus populaires du monde (La Casa de Papel, achetée par Netflix), les perspectives s’élargissent à grande vitesse, y compris pour les vieux diffuseurs nationaux. Ceux-ci se rapprochent enfin, dans une relation intense, parfois dure, avec les sociétés indépendantes.

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Une série romande vendue dans une douzaine de pays

Les Suisses pourraient faire davantage, mais le mouvement est amorcé. Quartier des banques ouvre la voie pour les Romands par l’ampleur de sa circulation en cours: sa production indique qu’elle a été achetée dans une douzaine de pays, dont l’Allemagne et la France, et que le concept a été vendu à des poids lourds américains et israéliens. Victoire symbolique, elle a été montrée par DR, la chaîne publique danoise par laquelle tout est arrivé en Europe continentale.

L’alémanique Le croque-mort, qui s’achève ces jours, a été prise par Netflix pour certains territoires, de même que la romande Station Horizon, pour les Etats-Unis. Les créateurs et producteurs suisses se lancent dans le creuset mondial en ébullition.

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