Avec la «Création du Monde» – rien de moins – le Lucerne Festival s'apprête à clore trois ans d'une renaissance inattendue. Dernier volet de la trilogie inventée par Michael Haefliger, directeur de la manifestation depuis 1999, «Die Schöpfung» présente du 15 août au 15 septembre un programme impressionnant, comprenant plus de 80 concerts, dont dix créations mondiales et plusieurs premières suisses. Grosse programmation pleine de vedettes d'abord, le Lucerne Festival est surtout le plus important festival de musique classique de Suisse, à la pointe aussi des manifestations estivales en Europe. Par sa programmation extrêmement variée, qui va de la musique baroque à la création contemporaine, en passant par le symphonique et les musiques du monde, les ex-Musikfestwochen sont devenues la vitrine de ce que l'industrie musicale fait de mieux, et ça marche! En 1998, à la fin du mandat de Matthias Bamert, la presse s'inquiétait de l'avenir de la manifestation. Deux ans plus tard, en septembre 2000, le festival clôturait sur un succès certain, comptabilisant 83 000 visiteurs qui se répartissaient plus de 80% des capacités d'accueil des lieux de concert. L'édition qui commence ce soir risque bien de confirmer la tendance: il n'y a pratiquement plus de place pour les concerts symphoniques, la série «Debut-Lucerne», consacrée aux nouveaux talents, affiche un taux de préréservation important, de même que les concerts de musique baroque.

Du coup, on prend des risques. Ainsi apprenait-on, en mars dernier, que la direction du festival projetait de faire renaître de ses cendres dès 2003, le «Lucerne Festival Orchestra», dissous en 1993 pour des raisons financières. Placé sous la direction de Claudio Abbado, l'orchestre devrait être composé de stars du lutrin, comme la clarinettiste allemande Sabine Meyer ou le flûtiste franco-suisse Emmanuel Pahud, ainsi que de musiciens du prestigieux Mahler Chamber Orchestra. Principal responsable de cet engouement: le nouveau directeur du festival. En ouvrant les Musikfestwochen à un public plus large, Michael Haefliger a poursuivi la diversification amorcée par son prédécesseur. A 39 ans, le fils du célèbre ténor Ernst Haefliger, fait partie de la nouvelle génération de directeurs de Festival, a l'instar d'un Christian Chorier à Montreux ou d'un Stéphane Lissner à Aix-en-Provence. Novateur et philosophe, il a élaboré un programme évolutif sur trois années. Ainsi, après avoir présenté «Mythen» en 1999, il plaçait l'édition 2000 sous le thème des «Metamorphosen».

«La Création du Monde» est consacré à Prométhée qui apporta le feu aux hommes. Ce soir, après Les Créatures de Prométhée de Beethoven, et la création suisse COncErto? de Heinz Holliger, le Centre de la culture et des congrès (KKL) sera illuminé grâce à un spectacle pyrotechnique orchestré par le Groupe F. Ce collectif d'artistes a notamment créé les illuminations de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Barcelone en 1992 ou le feu d'artifice présenté autour de la Tour Eiffel lors des fêtes du millénaire. L'«artiste étoile» cette année, c'est la violoniste Anne-Sophie Mutter, qui entre autres concerts, créera le 26 août, Tango, Song and Dance du compositeur et chef d'orchestre américain André Prévin. Les compositeurs en résidence sont l'Américain Elliot Carter et le Suisse Hanspeter Kyburz. Ils présenteront chacun une première mondiale. Pour reprendre le succès 2000 de la «Nuit Trance», qui fusionnait la culture techno avec les musiques du monde, le festival programme cette saison une soirée «Remix Beethoven», le 1er septembre. Durant cette «longue nuit de la création», où l'on entendra des remix délirants de grands classiques, des «Klassik Karaoke» seront organisés, permettant à chacun de s'essayer aux grands airs sur un fond d'orchestre symphonique. Un régal de dérision.

Lucerne Festival, (15.08-15.09), KKL, rens et rés: www.lucernefestival.ch

ou 041/226 44 00

Billets: ticketbox@lucernefestival.ch

ou 041/226 44 80.