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Avec «Creative Control», la réalité virtuelle a son premier bon film critique

Le NIFFF montre un film qui détaille, sans excès d’effets spéciaux, les conséquences psychologiques de la fantaisie en pixels

Ce sont des lunettes plutôt qu’un casque comme celui que Samsung distribue massivement ces temps, il est question de réalité augmentée bien qu’il s’agisse aussi de virtuel, mais qu’importent ces détails: les nouvelles formes de réalité à base de pixels ont leur première subtile œuvre de fiction, et elle est dévoilée au Festival du film fantastique de Neuchâtel, le NIFFF. Le film américain «Creative Control» est montré en compétition internationale. Il est écrit, réalisé et interprété par Benjamin Dickinson, dont c’est le deuxième long-métrage, qui l’a en partie produit par financement participatif.

Des écueils évités

De prime abord, le film pourrait vite verser en cogito d’une élite new yorkaise branchouille ivre de latte macchiato et d’égocentrisme sexuello-sentimental. Le cadre: à New York donc, une agence de marketing qui sert les nouveaux produits des pharmas, comme un antidépresseur qui se vapote. Le chef des créatifs a quelques tensions avec son épouse, et il admire la copine du photographe de l’agence, lequel couche bien sûr avec son mannequin. Il faut concevoir la campagne d’une nouvelle paire de lunettes, Augmenta, promesse d’une expérience du monde enrichie. Outre les informations affichées en marge de la vision comme chez Google, on peut concevoir un compagnon virtuel façonné avec les données glanées pendant la journée. Une amante, par exemple.

Peu à peu, «Creative Control» mêle le psychologique et le technologique, avec des nuances surprenantes dans ce genre où les auteurs basculent souvent dans l’admiration béate ou la dénonciation à l’emporte-pièce. Dans ce film souvent en noir-blanc, Benjamin Dickinson ne s’échine pas à transcrire l’imagerie virtuelle, évitant un premier écueil. Il ne détaille pas non plus le catalogue des fantasmes. En revanche, il suit pas à pas la lente chute du personnage, pour lequel les frontières du réel et du faux, mais aussi du vécu et du désir, se brouillent par étapes. C’est ainsi que «Creative Control» s’impose comme réflexion sur ces lunettes ou casques qui vont désormais cintrer les crânes contemporains.

Du Web vient le mal

Les tourments du monde moderne, le NIFFF les aborde aussi par la gaudriole avec l’australien «Scare Campaign», qui décrit la lutte entre la télé-réalité et les nouvelles productions du Web. Une émission de frissons sur petit écran est dépassée par des internautes fous qui filment de vrais crimes.

La directrice de la chaîne elle-même fustige la ringardise de son propre média, et pousse les producteurs à faire davantage. Le mal, c’est évident, vient du Web: mais de toute manière, média classique ou nouveau, cela finira dans un bain de sang. C’est la douce modernité grand-guignol du NIFFF.

Festival du film fantastique de Neuchâtel. Jusqu’au 9 juillet.


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