Cinéma

«Creed II», l’œil de la panthère

Le huitième film de la saga «Rocky» clôt un cycle en mode mineur, tout en jouant la carte de la nostalgie avec le retour d’un personnage clé

Il y a trois ans, à la fin de Creed – L’héritage de Rocky Balboa, le jeune Adonis Creed perdait aux poings, à Liverpool, le premier grand combat de sa vie de boxeur professionnel. Mais alors qu’il aidait son mentor, affaibli par un cancer, à gravir les marches menant au Philadelphia Museum of Art, clin d’œil au Rocky originel de 1976, on savait que la légende était en marche. Que son heure allait venir, qu’il allait se muer, comme son père Apollo, en grand champion.

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Au début de Creed II, Adonis devient à son tour champion du monde poids lourds, recevant la même ceinture jadis portée par Apollo et Rocky. Le voilà qui peut sereinement penser au combat suivant, qui le verra remettre son titre en jeu. Si ce n’est que celui-ci ne sera pas un combat ordinaire. Son adversaire: Viktor Drago, fils d’Ivan, ce boxeur soviétique au physique de tortionnaire du KGB et qui avait tué, sur le ring, Apollo Creed. C’était dans Rocky IV, en 1985. Si Creed II avait d’abord des atours de récit initiatique et de filiation, voici qu’il glisse alors vers le film de vengeance. Adonis va devoir symboliquement tuer celui qui a tué le père s’il entend enfin devenir lui-même. Et sans surprise, le film va alors voir le jeune Afro-Américain devenir père à son tour.

Le retour de Drago

A la fin, on ne trahit rien, il y a une passation de pouvoir. Rocky dit à son protégé cette phrase qu’on attendait: «C’est ton heure.» Et il est alors l’heure, pour Balboa, de se retirer. Sylvester Stallone, son interprète, créateur d’une franchise démarrée au mitan des années 1970 et qui compte désormais huit épisodes, a annoncé que c’est la dernière fois qu’il incarnait le boxeur aux origines italiennes. Le faire retrouver Ivan Drago (Dolph Lundgren) en même temps qu’Adonis se prépare à affronter Viktor mise sur la nostalgie, renvoie au passé d’une saga devenue culte, là où le premier Creed regardait vers l’avant, mais sans toutefois oser sacrifier, comme on s’y attendait pourtant, Rocky.

Si c’est logiquement toujours l’excellent Michael B. Jordan qui prête ses traits à Adonis, Steven Caple Jr. remplace Ryan Coogler derrière la caméra. Il s’agit de son deuxième long métrage après The Land (inédit en Suisse), et il se montre moins à l’aise que son prédécesseur – révélé par un film indépendant (Fruitvale Station) puis dorénavant réalisateur d’un des dix plus grands succès de l’histoire du cinéma (Black Panther) –, tant dans les scènes de combat que dans les séquences plus intimes. Si les premières restent bien chorégraphiées, elles souffrent parfois d’un surplus de musique et d’une surdramatisation inutile, tandis que les secondes – à l’exception d’une belle demande en mariage – font avancer le récit sans le transcender. Ce Creed II a beau être tout sauf indigne, on voit mal comment il pourrait déboucher sur un nouveau film tant le personnage d’Adonis clôt ici un cycle qu’il serait poussif de vouloir prolonger.


Creed II, de Steven Caple Jr. (Etats-Unis, 2018), avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson, Dolph Lundgren, 2h10.

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