Marc Nouschi, directeur des Affaires culturelles françaises dans l’océan Indien, en rêvait. Il a lancé cette année la première résidence d’artistes aux Kerguelen. La prochaine est programmée début 2014.

Samedi Culturel: Pourquoi cette initiative?

Marc Nouschi: Les Kerguelen et les Terres australes sont des lieux qui font fantasmer. J’ai proposé cette résidence car jamais aucun artiste n’avait séjourné là. Quelques-uns y sont passés, par le biais du Marion-Dufresne , mais aucun n’est resté. Il y a dix ans d’attente pour monter à bord de ce bateau, seule liaison entre l’archipel et La Réunion, terre la plus proche. C’est le rôle de l’Etat d’offrir aux artistes la possibilité de se heurter à de nouvelles frontières. Mon rêve serait de lancer un réseau de lieux de résidence extrêmes: dans une grotte, un désert, sous la canopée et près d’un pôle, comme c’est le cas des Kerguelen. J’avais envie également de créer un dialogue entre les artistes et les scientifiques; 80 à 100 personnes vivent la plupart du temps sur ce territoire grand comme la Corse, des climatologues, des géologues, des spécialistes de la faune et de la flore. Tous se sont bien entendus.

Pourquoi ouvrir la résidence à deux artistes en même temps?

Nous pensions que cela serait plus facile pour eux; que la «masse critique» serait plus importante pour nous, en termes de visibilité et que nous pourrions ainsi plus facilement couvrir le champ si varié des disciplines artistiques.

Avez-vous reçu beaucoup de candidatures?

Quatre cent quarante, du monde entier et de toutes disciplines. Des candidats de 19 à 80 ans. Les lauréats ont été sélectionnés par un jury de quatre hauts fonctionnaires et quatre personnalités du monde artistique: la collectionneuse allemande Erika Hoffmann, la commissaire d’expositions Caroline Smulders, Isabelle Gaudefroy, de la Fondation Cartier et Antoine de Galbert, fondateur de la Maison Rouge.

Pourquoi Klavdij Sluban et Laurent Tixador?

Ils ne sont pas trop jeunes, ils ont déjà un vécu artistique et une expérience de l’enfermement.

Que doit devenir le travail produit là-bas?

C’est formidable qu’il soit exposé à Arles, à peine achevé. Ensuite, il y aura une tournée dans les Instituts français de l’océan Indien et ailleurs nous l’espérons. Laurent Tixador sera au Palais d’Iéna en octobre. Nous avons financé un livre pour Laurent Tixador et les tirages pour Klavdij Sluban. J’ai trouvé un éditeur pour Sluban l’année prochaine.

Comment l’opération est-elle financée?

Air France a offert les billets d’avion, l’administration française des Terres australes et antarctiques a payé le bateau et la résidence. La Direction des affaires culturelles et le Fonds régional d’art contemporain ont pris à leur charge la production et les 7000 euros de bourse remis à chaque artiste. Le budget total s’élève à environ 100 000 euros.