Les machines ont été vendues, tout comme les vaches. L’étable est vide, tristement vide, on sent bien dans le regard de Hans et Ruth Wüthrich ce mélange de mélancolie et de résignation. Après une trentaine d’années à exploiter la ferme héritée des parents de Ruth à Chiètres, dans le nord du canton de Fribourg, dans sa partie germanophone, le couple a dû se résoudre à cesser ses activités. La réforme agraire aura eu raison de leur petite exploitation. C’était au printemps 2000. De leur dernière année de labeur, il reste un témoignage fort, celui de leur fils Tomas, photographe. Le livre d’artiste qu’il publie aujourd’hui, accompagné par une exposition au Musée gruérien, à Bulle, se lit comme un roman-photo. Il y retrace chronologiquement la disparition de cette Ferme no 4233, numéro d’exploitation qui est aussi le titre de sa série, réalisée en argentique et en noir et blanc, comme pour mieux en souligner la dimension crépusculaire.

Tomas Wüthrich étudie au MAZ, l’Ecole suisse des journalistes de Lucerne, lorsque ses parents l’informent en 1999 de leur décision de renoncer à leur métier d’agriculteurs. «C’était la première fois qu’ils proposaient un cursus en photojournalisme», explique celui qui avait précédemment effectué un apprentissage d’ébéniste, avant de travailler dans le social. «Je venais de commencer ce projet personnel lorsque je me suis inscrit au MAZ. D’un côté j’apprenais le métier de photographe, de l’autre j’accompagnais mes parents. Ce fut très intense.»