Chef de file d’un cinéma kazakh post-soviétique apparu dans les années 1990, Darejan Omirbaev («Kaïrat», «Kardiogramma», «Tueur à gages») s’est fait discret la décennie suivante, laissant craindre un tarissement de son inspiration. Le voici de retour avec son propre «Crime et châtiment» d’après Dostoïevski, comme son film précédent, «Chouga» (2007), démarquait librement l’«Anna Karénine» de Tolstoï. Sa méthode: transposer l’action dans la réalité d’aujourd’hui et n’en retenir que l’essentiel, pour un cinéma d’une austérité toute «bressonienne».

S’ouvrant en abyme, par une scène de tournage d’un film de pur divertissement, «Student» se veut au contraire une méditation très sérieuse sur une société où le capitalisme sauvage a créé un gouffre entre les plus riches et les plus pauvres, les plus forts et les plus faibles. A Almaty, en bas de l’échelle sociale, un étudiant sans nom, mutique et désargenté, commet donc un crime à motivation philosophique, pour voir s’il est capable de rejoindre les forts de ce monde. Au lieu d’une vieille prêteuse sur gage, ce sera l’épicier du coin. Mais là aussi une cruelle désillusion qui débouchera sur son aveu à une sourde-muette, fille d’un poète oublié, et une rédemption via la prison, comme dans «Pickpocket».

Le style «essentialisé» du cinéaste suscite deux types de réaction: soit un rejet pour cause de manque de suspense et de lourdeur, les intentions étant en effet très apparentes, soit l’admiration pour un style de mise en scène qui élimine tout le «gras», clinquant, psychologique ou dialogué. On penchera pour la deuxième attitude, tant cette manière qui s’adresse à l’âme plus qu’aux sensations est rare. Mais, son heure de gloire déjà passée, Omirbaev aura bien de la peine à trouver des canaux de diffusion. Espérons que d’autre festivals sauront donner sa chance à ce film qui, au moins, dénote d’un regard certain!