Les soubresauts et les déconfitures de la crise inspirent. D'Alain Souchon en France à Mark Ronson en Grande-Bretagne via d'illustres inconnus, le réseau des réseaux n'en finit pas de voir fleurir son cortège de couplets-refrains prenant la déconvenue économique actuelle comme toile de fond. Plutôt que de rire jaune, dansons maintenant! Avec en prime une plongée dans la discothèque idéale traitant de questions d'argent qui manque ou flambe des mains.

Début octobre, Alain Souchon a été l'un des premiers à allumer la mèche avec un certain retentissement médiatique. En guise d'amuse-bouche à un nouvel album à paraître début décembre, le chanteur des «foules sentimentales, pas du tout commerciales» offrait sur son site internet officiel la chanson bien nommée «Parachute doré» (toujours disponible gratuitement en téléchargement sur http://www.alainsouchon.net).

Evoquant à sa manière toujours désenchantée et désinvolte la «crise financière grave» que traverse l'économie mondialisée, Souchon commente son texte par ce raccourci paradoxal qui révulse tout modeste travailleur: «Un parachute doré, c'est extra. Vous merdez complètement une boîte et on vous donne plein d'argent.» Dans la chanson, le grand capitaine d'industrie aux poches pleines grâce à ses indemnités de départ fredonne, sur fond de rythmiques des tropiques: «En Chine l'usine on délocalise. [...] La boîte a coulé mais pouce! On va se la couler douce [...]. La pilule on va se la dorer, j'ai le parachute doré!» Avant de poursuivre: «Adieu mégaphones, adieu calicots, adieu représentants syndicaux! A moi le soleil et le calypso, la nana et la noix de coco. A moi les alizés, les vents tropicaux.»

«Faut les virer, faut tout changer»

En Grande-Bretagne, Mark Ronson, chanteur et producteur d'Amy Winehouse, pourfend le gouvernement britannique pour sa gestion de la crise financière au côté du rappeur Wiley. On ne sait ce que le premier ministre Gordon Brown en pense, lui qui est décrit dans la vidéo disponible sur YouTube comme un pantin des milieux d'affaires, mais le titre qui balance entre funk et hip-hop est assez explicite et réussi. Le refrain de «Cash in my Pocket» (à paraître en janvier dans l'album de Wiley) dit «All I Really Want/Is Money in my Pocket/Cash in my Hand/And Scriller in my Wallet». «Scriller» en slang, c'est un joint. En gros, traders comme politiques, tous les mêmes objectifs matérialistes? Bush et Sarkozy font même les chœurs sur l'extrait du clip.

Sur YouTube encore, le groupe français de hip-hop Bloc9 invite à découvrir «Faut tout changer». Un titre sur le «tsunami financier», qui fait rimer «folie des grandeurs» avec traders «sans cœur» aux «costards à mille dollars» avant d'asséner sa sentence en forme de leitmotiv: «Faut les virer/Faut tout changer».

A ces récents exutoires artistiques, le site internet de l'hebdomadaire français Les Inrockuptibles s'est amusé à recenser quelques anciennes rengaines dans une play-liste de la crise (http://www.lesinrocks.com). Une plongée dans la discothèque idéale des jackpots et faillites. Où les souvenirs d'Abba («Money, Money, Money»), de Patti Smith («Free Money») ou de Bashung côtoient les airs plus récents de Miss Kittin («Stock Exchange») ou les Destiny's Child (avec le très tiré par les cheveux «Bills, Bills, Bills» qui parle de factures à payer par les hommes!). La pop reste ainsi une bonne valeur refuge en cas de tempête, elle dont l'industrie vacille depuis quelques années déjà.