Cherche appartement. A Genève, la formule tient de la profession de foi. Le taux de vacance des logements ne dépasse pas 0,33%, selon une estimation d’il y a six mois, et le prix d’un bien est 15 fois plus important que le revenu médian des ménages gagnant plus de 50 000 francs par an (LT du 20.12.12). La ville, pourtant, continue d’attirer de nouveaux habitants et chacun compose avec la surface disponible.

Cherche appartement, c’est le titre de la nouvelle exposition du Centre de la photographie de Genève. Joerg Bader, directeur de l’établissement, a réuni les travaux d’une trentaine d’artistes, presque tous locaux, sur le thème du logement. Un grand nombre des œuvres ont été produites spécialement pour l’occasion.

A l’entrée, les portraits des membres du Group8, un bureau d’architectes en vue à Genève, photographiés façon serial killers ou stars inaccessibles par Régis Golay. Perchés, ils dominent le public comme les autres images, qui évoquent plutôt les squats ou la misère sociale. «Le point de départ est évidemment le manque de logement, mais il ne s’agit pas d’une exposition militante et dénonciatrice, d’autant que la faute de cette crise revient à une large sphère de la population dirigeante, tous bords confondus, note Joerg Bader. Nous souhaitons simplement montrer les différentes manières dont les gens habitent à Genève et alentours.»

Les habitants de nids cossus figurent en minorité dans ce panel. Michel Bonvin, habitué des clichés d’architecture, présente quelques villas et leurs intérieurs faits d’étagères aux rayonnages soigneusement remplis, de meubles design et de poêles réconfortants. Géraldine Belmont se concentre sur les entrées d’immeuble à Champel. Au rayon inférieur, Jorge Perez travaille sur l’expansion de Gland, commune parsemée de pavillons et de petits immeubles au style plus ou moins rustique. «On fait croire à ces gens qu’ils participent à une vie villageoise parce que la fanfare joue une fois dans l’année, mais ils restent des banlieusards, avec des habitudes urbaines», estime le commissaire de l’exposition.

Pour le reste, les photographies témoignent essentiellement de la précarité des logis. Les squats, évidemment, ont une place de choix dans l’inventaire genevois. Les images les plus anciennes sont celles du collectif Interfoto, qui a commencé à documenter le phénomène et les revendications dans les années 1970. Viennent ensuite les portraits et les ambiances de Didier Béguelin, réalisés à Rhino vingt ans plus tard. Puis le travail de Steeve Iuncker sur les évacuations de squats dans les années 2000. La série de Julien Grégorio, consacrée aux roulottes installées en périphérie de la ville, sonne comme un épilogue.

Boutheyna Bouslama, elle, s’accroche à sa sous-location, faute de papiers en règle. Dans un carnet intime en textes et en images, elle raconte son ancrage genevois, la maison de ses parents au Qatar, l’envie de se poser. Largement plus instable encore, la situation des sans-abri. Il y a quelques jours, Jean Revillard a photographié un matelas sous un pont, tache de couleur parmi la neige. Posée à côté, une télévision débranchée, comme une illusion du confort moderne. La communauté rom est également présente, à travers plusieurs travaux, dont la série d’Eric Roset. Si beaucoup de clichés de l’exposition apparaissent totalement déshumanisés, lui se concentre sur les portraits. Un beau vieillard couché dans un tunnel, une adolescente les bras croisés avec un air de défi. De rares regards implorants, ceux des personnes embarquées dans une fourgonnette de police.

Un parti pris plus artistique s’invite aussi dans Cherche appartement. Les images de l’installation de Sylvie Kleiber, pensée fin 2011 pour le Grütli, sont projetées en un diaporama et offertes en cartes postales. Ce sont des lits, drap repassé-couverture bordée-oreiller tapoté, posés ici et là dans la ville; au milieu de la plaine de Plainpalais, contre un mur ou une pelleteuse, dans l’encadrement d’une porte. Titre de la série: Combien de rêves dans 2 m2? Pekka Ruuska a conçu un igloo de carton, Jules Spinatsch a concocté l’un de ses fameux montages panoramiques – la barre du Seujet –, fait de centaines de prises de vue à la webcam. Le Collectif_fact, à l’heure de la surélévation des immeubles, les a ratiboisés en un seul et dernier étage.

Cherche appartement, Centre de la photographie de Genève, jusqu’au 17 février. www.centrephotogeneve.ch

Un matelas sous un pont, tache de couleur parmi la neige. Posée à côté, une télévision débranchée