Marek Janowski et ses musiciens n'ont pas déçu. On les attendait, pour le 90e anniversaire de l'OSR, dimanche soir au Victoria Hall de Genève (le même concert était donné lundi soir à Lausanne). Après les inévitables discours officiels, Marek Janowski a empoigné deux œuvres qui correspondent à son tempérament: Mort et Transfiguration de Strauss, à l'orchestration luxuriante, et le premier acte de La Walkyrie, un mini-drame en soi. Le théâtre était dans la salle, malgré l'absence de mise en scène.

On a connu Marek Janowski irréprochable, mais pas toujours émouvant. Ce soir-là, un souffle passait dans la salle. Dès les premières mesures de Mort et Transfiguration, le chef titulaire de l'OSR installe un temps plane et immobile dans une nuance «pianissimo». Ce sont les derniers instants d'un mourant, que l'on devine agonisant. On regrette un son parfois trop compact et massif, là où Karajan savait faire respirer la masse orchestrale même dans les passages tonitruants. Le lyrisme propre à Strauss ne lui échappe pas, et on mesure le chemin parcouru au sein des cordes (superbes!) depuis l'ère Steinberg.

Armin Jordan (baguette tendue et chambriste) était un passionné de Wagner; Marek Janowski (son beaucoup plus dru) en révèle un tout autre visage. D'emblée l'orage qui voit Siegmund errer dans la forêt est d'une charge terrifiante. Les violoncelles et contrebasses martèlent avec fracas leurs gammes montantes et descendantes; les cuivres, abrasifs à souhait, broient du noir. Ces instants où les chanteurs se taisent, où Sieglinde et son frère jumeau Siegmund tentent d'échanger des regards enamourés sous l'œil du sinistre Hunding, sont d'une force incommensurable.

Nikolaï Schukoff (Siegmund) tire profit d'un médium riche pour faire éclore le lyrisme de Wagner. Sa voix, un peu engorgée, n'atteint pas le lustre des grands ténors wagnériens. La Bavaroise Michaela Schuster, qui remplaçait Petra Lang, se distingue par sa théâtralité. La voix est parlante et expressive, à défaut d'un timbre exceptionnel. Günther Groissböck est ce Hunding sombre et brutal dont chaque mot suscite l'effroi.