Fin de nuit licencieuse pour une soirée dominicale dévolue à l'electro-pop. Deux ans après son premier passage à Montreux, les mâles du Miles Davis Hall se brûlent cette fois les rétines à la vue d'Alison, meneuse de revue sexy de Goldfrapp. La chanteuse à la voix angélique se fait lubrique, caresse un theremin entre ses cuisses. Elle joue avec la pointe de son antenne comme avec une turgescence. Avant d'en laper le bout. Plus encore que la variation du champ électrique de l'instrument, les effets de râle sur le parterre enflent au diapason. Moins tendancieuse durant l'heure précédente, elle clôt les ébats par Black Cherry, chanson juste suggestive qui ne fait que «goûter un homme». Mini-tenue noire, bottes à hauteur de genoux et béret emprunté à l'infirmerie de M.A.S.H., Alison a délibérément choisi d'incarner tant les allumeuses que les prêtresses SM. Entre la sensualité des climats de Felt Mountain et les saccades electro métalliques des titres du récent Black Cherry, l'artifice vestimentaire de la blonde mutine colle admirablement aux musiques. En alternant séquences ouatées en cinémascope avec force violons et morceaux décharnés truffés de battements glacés, Alison Goldfrapp surmonte la torpeur qui dominait les concerts de ses débuts. Avec une pointe de théâtralité, un soupçon de glam-rock et de disco dans les jeux sonores, Goldfrapp fait mieux qu'Echoboy et Appliance, cousins d'Albion nettement moins perfides qui lui ont préparé ce corps-à-corps.