La scène brille par sa sobriété: un banc, deux chaises, une écritoire, un lutrin. Au centre, le violoncelliste qui intervient entre les temps forts. Car ils sont très forts, le monolithique Jean-Pierre Marielle et l'espiègle Agathe Natanson (MmeMarielle à la ville), dans leur échange épistolaire des Mots et la Chose, en première romande lundi au Théâtre Grand-Champ, à Gland.

Elle est actrice, spécialisée dans le doublage de films porno. Elle cherche à renouveler la pauvreté de son vocabulaire auprès du prof en retraite Marielle, qui va lui égrener le lexique encyclopédique de Jean-Claude Carrière sous forme de feuilles de papier A4 que les comédiens laissent glisser au sol au fur et à mesure de leur usage. Comme on effeuille la rose, fleur de l'amour, et pour dire, plus élégamment: baiser, cunnilingus, fellation, sodomie, pénis, vagin ou cul.

Et la branlette? Quoi de mieux que «je vais serrer la pogne au père de mes enfants»? La langue française, de ce point de vue, de Rabelais à Boby Lapointe, est un vrai panthéon du glossaire sexuel. Surtout: un délice pour l'oreille, et plus si affinités. Ce couple de «lecteurs» s'y balade, du vulgaire au sublime, avec gourmandise, sans jamais se prendre au sérieux ni cacher ses fous rires complices dans la mise en scène de Daniel Bedos. «Faire cattleya», comme l'écrivit Proust, c'est en rajouter à la multiplicité des mots pour dire la chose. Parce qu'alors le langage «s'attaque à l'essentiel insaisissable», clame Marielle dans ce spectacle créé à Perpignan en 2001, sur la base d'une histoire vraie, celle d'une actrice du X en mal de dialogues. A qui le Maître souhaite, au final: «J'espère, Mademoiselle, que vous êtes aimée.»

Neuchâtel. Théâtre du Passage, me 25 à 20h30. (Loc. 032/7177907).

Romont.Le Bicubic, je 26 à 20h30. (Loc. 026/6523152).

La Chaux-de-Fonds.L'Heure bleue, sa 28 à 20h30. (Loc. 032/9676050).

Pully.L'Octogone, di 29 à 17h. (Complet).