L'affiche est de celles qui ouvrent grands les tympans, prédiction d'une rencontre d'énergies contagieuses. Dans une salle Métropole comble, le concert de mardi confiait l'Orchestre de chambre de Lausanne aux mains de son «maître ès musique baroque», Ton Koopman. Invité plus attendu encore, le contre-ténor allemand Andreas Scholl, voix de luxe pour répertoire ancien. Entrée en matière difficile chez Bach, avec la Sinfonia de la Cantate «Ich liebe den Höchsten», où l'orchestre et le chef ne s'accordent que difficilement: la fougue de Koopman laisse l'ensemble à la traîne, le pas mal assuré. Autre type de fêlure dans une entreprise il est vrai difficile: le Concerto pour deux clavecins de C. P. E. Bach, qui demande d'inventer un équilibre entre les claviers et la masse orchestrale. Plus que l'inégalité des forces, c'est le manque de relais entre les solistes (Ton Koopman et son épouse Tini Mathot) et l'orchestre qui frappe, même si le claveciniste et chef, face au public, cherche à marquer des lignes claires. La gestique joyeuse du bouillonnant Koopman divertit, le sens du jeu séduit toujours mais ses effets demeurent limités. Pour lier les éléments, il a fallu la voix d'Andreas Scholl. Immense chanteur (physiquement aussi), timbre plein et hypertravaillé, précision indéniable, pour deux Cantates de Bach père. Le contre-ténor déclame son verbe policé avec la plus grande finesse, mais là encore, l'étincelle se fait attendre: l'orchestre a tendance à encombrer, lorsque dans les médiums et les graves, la voix se fait moins puissante. Andreas Scholl, sans défaut mais sans présence forte non plus, paraît limiter sa générosité. La suite et fin – la Symphonie «La Reine» de Haydn – sonne l'heure des retrouvailles rassurées de l'orchestre avec l'assise et la rondeur.