Dimanche matin, Andreas Staier a donné un récital au Musée d'art et d'histoire de Genève. Il inaugurait un pianoforte Michael Weiss fraîchement restauré de la Fondation La Ménestrandie (LT du 16 mars). Mais plutôt que l'instrument, c'est l'interprète qui a percuté l'âme du public.

Car ce qui frappe d'emblée, chez Staier, c'est une sensualité qui s'exprime par un toucher fluide. Sous ses doigts, le pianoforte ne sonne plus comme une casserole. C'est un geste qui va au cœur de la touche, la caresse, cherche l'appel à la vie dans un mouvement d'accueil. Il pose le thème initial de l'Impromptu D.899 N°1 de Schubert comme une grande arche. Les phrasés respirent avec naturel. De toute évidence, Andreas Staier a digéré les traités d'époque. Qu'il joue Schubert, Clementi ou Beethoven, il trouve le ton juste pour chaque œuvre, tisse une histoire qu'il «raconte» en musique.

Le mot n'est pas trop fort, puisque pour les compositeurs de l'ère classique, la musique était un «langage». Le pianoforte Michael Weiss a l'avantage de répondre distinctement. Le son est clair, mat – rien à avoir avec un Steinway. Certains passages (comme dans la Sonate opus 31/1 de Beethoven) sont tellement virtuoses qu'on croirait entendre un cymbalum; l'emploi du «moderator» – pièce de tissu qui vient s'infiltrer entre les marteaux et les cordes – produit des sonorités ouatées. Mais le volume paraît limité pour la Sonate D.845 de Schubert. Voilà pourquoi Clementi convient à merveille pour cet instrument des années 1810-20, en particulier la Sonate en fa mineur opus 13/6 qui anticipe Beethoven par les ruptures et les dissonances en rafales. Andreas Staier en fait un pur chef-d'œuvre.