Dernier soir pour applaudir Artefact (sit./com), spectacle belgo-suisse, invité au Théâtre Arsenic à Lausanne. Pièce en forme de parodie pamphlétaire, Artefact (sit./com) prend pour cible la «Pax americana», ses dogmes et ses hypocrisies. Créé l'an dernier au Théâtre Varia à Bruxelles, le spectacle a été actualisé pour cette reprise. C'est que, depuis, un certain W est devenu président. Bienvenue donc dans l'univers pitoyable de «W. Bushland».

Barbie, les fesses à l'air, passe l'aspirateur avec une hargne qui frôle la crise nerveuse. C'est le soir de Noël et Ken, son mari, est en retard. Mais Ken fait son entrée: sourire artificiel, cheveux de plastique aussi vrais que ceux de sa poupée modèle. Les invités sonnent. Tiens donc, ils s'appellent aussi Barbie et Ken et semblent aussi au bord du «collapse» névrotique. Sous le vernis de la réussite, les remugles marécageux de la misère sexuelle (on se masturbe derrière le placard), du vide existentiel, du refus de la différence, provoquent entre ces couples toc des geysers meurtriers. Le détonateur de ces explosions? George, clochard dandy, qui s'invite au dîner de Noël.

Les comédiens (V. Coppey, J. Baré, Y. Blanc, J.-L. Johannides, Fanny Marcq, V. Minne) maintiennent de bout en bout une fièvre quasi léthale; le texte d'Armen Roussel suit une progression gore implacable; la mise en scène de Karim Barras orchestre cette barbarie de salon avec une jouissance libératoire.

Artefact (sit./com), jusqu'au 3 mars, Arsenic-Lausanne. Loc. 021/625 11 36.