«Comment trouver la souplesse et la fluidité de l'alexandrin?» s'interrogeait Gérard Desarthe, metteur en scène français, au moment d'entamer les répétitions de Britannicus. Peut-être en cherchant le feu du sens et des sentiments sous la glace de la forme à douze pieds? Soit exactement le contraire de sa proposition à l'affiche du Théâtre Pitoëff, à Genève, sous l'égide du Poche.

A l'étroit dans un écrin chic, figés dans des poses hiératiques, ses comédiens semblent résister à tous les mouvements de l'âme contenus dans les échanges pourtant animés du texte racinien. Seul Raoul Teuscher trouve le ton de son Néron. Il invente, se laisse inspirer par ce que lui souffle ce souverain veule, influençable et sanguinaire. Les autres récitent, scolaires.

Ce n'est pas une histoire de mode. Il ne s'agit pas, bien sûr, de sauter en scène comme un cabri pour montrer que les classiques ont du ressort aujourd'hui. On peut trouver dans la sobriété le tremblement de la tragédie. Mais ce Britannicus est simplement aplati, sans vertige, sans vie. Il ennuie.

On n'y découvre pas, par exemple, les inquiétudes d'Agrippine. La mère de Néron a comploté pour placer son fils sur le trône et voilà que l'ingrat se soustrait à son autorité. Pire, le souverain pourrait bien la supprimer. Dans ce personnage, Véronique Mermoud est révoltée, digne, mais ne dit rien de la fragilité angoissée de celle qui se sait menacée. Pourtant, la comédienne qui arpente les scènes depuis trente ans sait conjuguer l'expression de plusieurs vérités. Mais ici, on ne sent pas le combat entre la mère qui veut encore raisonner le fils adoré et la stratège qui doit riposter.

Une timidité de ton que l'on retrouve dans toutes les partitions. Dès lors, on apprécie les facéties un peu cabotines de Raoul Teuscher. Cette manière de shooter la traîne de Junie quand elle lui résiste. Ces pas de danse baroque quand il apparaît en Roi-Soleil. Cette face lasse quand on lui demande d'adopter un parti. Il se rêve conquérant, mais se sait inconstant. Et le comédien, dessous, s'amuse à traduire ce double mouvement. Ce n'est pas encore de la tragédie, mais c'est déjà, au moins, du théâtre vivant.

Britannicus, jusqu'au 28 septembre, au Théâtre Pitoëff, à Genève, Théâtre Le Poche, 022/310 37 59, http://www.lepoche.ch, 2h