Marek Janowski possède quelques cordes très résistantes à son arc. Bruckner en est assurément une, puisque le compositeur autrichien revient régulièrement dans le champ d'action du chef d'orchestre de l'OSR. Et c'est tant mieux: la rencontre entre les deux produit des étincelles de bonheur d'une intensité rare. Ainsi, lorsque mercredi soir les dernières notes du «Finale» de la Symphonie N°4 (dite «Romantique») se sont éteintes au Victoria Hall à Genève, on ne pouvait que regretter qu'il faille quitter son siège. Les quatre rappels adressés au chef allemand ont témoigné d'ailleurs de l'extase qui s'est emparée du public.

Un enthousiasme qui se justifie. Marek Janowski porte sur cette œuvre colossale un regard empreint d'un classicisme que l'on retrouve chez Günter Wand, Bernard Haitink ou Kurt Masur. Loin en tout cas de la latinité d'un Claudio Abbado ou de la relecture d'un Philippe Herreweghe.

D'entrée, l'«Allegro molto moderato» se révèle majestueux et vibrant, avec des tempi posés, des archets aérés et impérieux, et des cuivres imposants. L'OSR fait preuve d'une très belle dynamique sonore, avec ces pianissimi sensibles qui confèrent au mouvement une architecture aux volumes sensuels. C'est un régal, qui se poursuit en particulier dans le «Scherzo» (des appels de chasse conquérants aux cuivres) et lors du «Finale» avec sa coda puissamment lyrique.

La réussite de ce concert tient aussi au violoncelliste Xavier Phillips. Le Français, bien connu dans son pays, n'a pas encore une assise internationale, mais ses qualités laissent présager une carrière qu'il faudra suivre à coup sûr. Les traits du visage tirés, le regard sombre, le jeune soliste ouvrait la soirée en se mesurant à Tout un monde lointain, concerto pour violoncelle et orchestre d'Henri Dutilleux. Cette œuvre en cinq mouvements (l'une des plus jouées du compositeur) emploie un langage sobre et cérébral que Xavier Phillips a animé avec une approche athlétique. Car il y a, dans l'archet du soliste, une urgence et une fougue qui impressionnent. Une volonté de se confronter à la pièce que l'on ressent dès la cadence initiale et que les lignes agitées de «Houles» rendent flagrante. Ce jeu corrosif se pose en miroir à celui, plus contemplatif, dans «Regard». On est alors conquis par la sensibilité du violoncelliste.