Arizona sous chapiteau. Dans la poussière des champs de l'Asse, Calexico met le feu via ses entrelacs de guitares acoustiques et électriques, galvanise son «Americana» de trompettes mexicaines. Mais pas de mariachis mercredi en renfort de la pop aux ancrages ruraux des deux âmes pas si damnées du collectif de l'Etat de Tucson, Joey Burns et John Convertino. Ni de Stetson de pacotille qui pourraient aviver les clichés qu'ils s'échinent à déjouer depuis quatre albums et leur affranchissement de Giant Sand. Entourés de deux trompettistes à la fois vibraphonistes, d'un bassiste qui manie aussi l'accordéon de temps en temps et d'un autre homme à une seconde six cordes, les deux hommes fertilisent à merveille leur terreau musical composé de country, de folk, de blues et de rock.

Si Calexico n'a de cesse de puiser dans le vivier des musiques traditionnelles américaines pour charpenter les compositions raffinées et introverties de sa discographie, sur scène, il réaménage son architecture intérieure en vue d'une luxuriance extravertie. Une touche de jazz par là, grâce aux délicats balais sur la batterie déposés par un John Convertino en chemise à carreaux comme deux autres de ses compères, un zeste d'electro en amorce et au cœur de certains morceaux et quelques distorsions de cordes pour rester dans le giron d'un rock indépendant qui leur doit une fière chandelle. Alors que le double micro de Joey Burns, dont le pied est orné d'ampoules rougeoyantes, permet de modifier la tessiture de sa voix – artifice d'ailleurs pas toujours approprié –, les chansons s'ébrouent sur tapis de sonorités liquides. Changements de rythmique intempestifs comme autant de chevauchées fantastiques, harmonies planantes, plages de rugosité intercalées, Calexico marie les contrastes et ne dérape que rarement. Même quand le rappel de sa double origine géographique, à la frontière du Mexique exotique et de l'Amérique âpre, se fait trop insistant, le collectif s'en sort par son habileté instrumentale. A cheval entre les constructions alambiquées, tristes et retenues comme le sublime «Black Heart» et un pot-pourri à la sauce latino, Calexico parvient à s'écarteler sans peine entre un Ouest en cinémascope et un Sud de breloques.

Pas de postures ni d'attitude chez Calexico, juste une restitution judicieuse de racines multiples, digérées et assumées. Où l'authenticité ne correspond pas à un label de façade, où l'exubérance peut sans effets de style trop récurrents sublimer une musique plutôt de salon.