Kafka lui reprochait sa sévérité. Guillaume Depardieu, sa célébrité. Le couple père-fils laisse rarement l'héritier en paix. Arriver derrière, séduire ou déplaire, comprendre, surtout, semble être la grande affaire. Celle de Serge Kribus, en l'occurrence, qui, avec Le Grand Retour de Boris S., écrit une nouvelle page, plutôt boulevardière, de ce rapport au père.

L'argument? Un vieux comédien, Boris Spielman, à qui on vient de confier un rôle inespéré - le roi Lear de Shakespeare - s'installe chez son fils pour répéter. L'aîné est goguenard, bon vivant, le fiston est à cran: il vient de perdre son travail et sa femme l'a quitté en emmenant les enfants. Dirigés par François Marin, Jacques Michel et Marc Mayoraz livrent, sur fond de judaïté, un duo-duel bien tourné. Trop peut-être. Souvent, la blessure disparaît sous la facilité.

De nombreux prix (de la critique, de la Francophonie, Beaumarchais) ont salué ce texte pour sa manière vivante de rendre compte de la détresse d'un enfant face à un père qui a enfoui son chagrin - l'extermination des siens lors de la Shoah - sous un silence chargé.

«Quand j'étais petit, j'ai senti que tu souffrais, alors j'ai pris un peu de douleur sur moi.» «Il fallait dire!» Mais à force de parler avec les mots des autres, le père, acteur, n'a pas trouvé les siens. Et puis, il avait trop de pudeur.

Sur un plateau carré incliné, Jacques Michel et Marc Mayoraz se chicanent ou se réconcilient selon la logique du coup de cœur après le coup de dent. Les deux comédiens prennent et donnent du plaisir dans cet affrontement. Comme les personnages, ils se cherchent et se trouvent. On regrette seulement que le chemin théâtral soit un peu trop évident.

Le Grand Retour de Boris S., jusqu'au 15 nov, au Pulloff, à Lausanne, loc. 021/311 44 22, http://www.pulloff.ch, 1h 30