Christian Zacharias ne cesse de nous étonner. Lundi soir, au Métropole, il offrait avec l'Orchestre de Chambre de Lausanne un menu composite dont lui seul a le secret. Soit un hommage au courant Sturm und Drang («orage et passion») qui a traversé le XVIIIe siècle et qui, selon lui, préfigure la vague expressionniste des années 1910-1920 à Vienne.

D'abord une Symphonie en do majeur de Carl Philipp Emanuel Bach, amuse-gueule bien agréable quoiqu'un peu fade. Où est l'enfant terrible qui a fait tempêter l'orage, qui s'est distancié de son père pour forger un langage en rupture avec l'ère baroque? Mais déjà, le climat change. Le chef d'orchestre dirige les Cinq mouvements pour cordes op. 5 de Webern. Un bras qu'il tend vers le ciel, le dos qui se cambre, les genoux qui s'affaissent: Christian Zacharias rend concrète – par le langage du corps – une musique réputée abstraite. Il parvient à extraire tout le lyrisme contenu derrière ces pages atonales.

Puis, retour à la case départ. Christian Zacharias s'assied au piano pour le Concerto en ré mineur de Carl Philipp Emanuel Bach. Son toucher, rond, velouté, s'accorde mal à un langage nerveux, truffé lui aussi de ruptures. Un pianoforte d'époque rendrait autrement mieux l'alacrité de cette œuvre. Seul le mouvement final retient l'attention par ses motifs asymétriques.

Du coup, on apprécie d'autant plus le galbe qu'insuffle le chef dans la Symphonie «Rhénane» de Schumann, donnée en deuxième partie de concert. Equilibre parfait entre les cordes et les bois (pour contrecarrer l'épaisseur d'un grand orchestre symphonique), noirceur des cuivres (quatrième mouvement), plénitude des cors (malgré quelques couacs): Christian Zacharias trouve le ton juste et surtout le tempo idéal pour chaque mouvement de cette Symphonie. L'OCL s'accorde à la pulsation de sa baguette, à la fois rigoureuse, leste et débridée.