Il neige au Victoria Hall. Les souffleurs de l'Ensemble Contrechamps gagnent la scène, déjà investie par les cordes, percussions et autres harpes. Sous leurs pieds, des maracas font crisser le sol gelé, tandis que le chef Stefan Asbury saupoudre quelques pizzicati en flocons autour du ténor Christoph Prégardien. Un simple accord de guitare laisse mourir le jour. Dernières lumières, dernier voyage.

Cette mise en scène sonore, ce décor auditif, c'est celui que le compositeur allemand Hans Zender (né en 1936) a souhaité offrir au Winterreise, ultime cycle de grande envergure pour voix et piano terminé par Schubert en 1827, un an avant de mourir. «Toute écriture notée est d'abord une invitation à l'action», explique Zender à propos de cette «interprétation composée», qui ouvrait dimanche la nouvelle saison de Contrechamps.

Tempête de machines à vent («Mut!»), grognements d'archet («Im Dorfe») ou même silence mesuré de percussions («Einsamkeit»), cette relecture se veut descriptive, mais pas seulement. Zender amorce aussi quelques travestissements plus drastiques, et son instrumentation, caressante dans les sections nostalgiques («Frühlingstraum»), bascule soudain vers un expressionnisme plus abrupt, catalyseur d'un Schubert visionnaire; on pressent Wagner ou Wolf («Auf dem Flüss»), voire Berg («Gute Nacht»). Jusqu'à l'intense déconstruction des deux derniers lieder, qui meurent dans un agrégat abyssal de harpe et de contrebasse.

Un langage contemporain dont Contrechamps est familier: l'ensemble sait le distiller avec souplesse et virtuosité. Les passages plus fidèles à l'accompagnement schubertien, par contre, posent quelques problèmes d'intonation et d'équilibre. Christoph Prégardien peine à dompter les masses sonores, malgré son timbre vif-argent. Le ténor allemand se livre pourtant sur le fil, fort d'une maturité rare, intérieure. Et puis reste le plaisir, une fois chez soi, de redécouvrir l'original du Winterreise irisé par ces couleurs nouvelles, révélé dans toute sa potentialité.