Pour des groupes de post-rock tels Tortoise ou Mogwai, la découverte de nouveaux univers sonores n'a jamais paru pouvoir se concilier avec un format de chanson pop traditionnelle. Renonçant à la voix pour la plupart, la scène de Chicago a donné naissance à une forme de rock instrumental savant, proche du jazz, mais dont les structures ouvertes offrent peu de prise à ceux qui se satisfont de refrains à fredonner dans le bain. Une équation que résout avec génie, en seul représentant de son espèce, The Sea And Cake. En concert à Fri-Son de Fribourg dimanche, le quatuor a livré un concert virtuose, alliant à la finesse harmonique du jazz une irrésistible pulsation rock, martelée de manière aussi sportive qu'élégante par John McEntire. De bossa-nova nonchalante en krautrock allégé, les chansons de Sam Prekop et de sa bande se livrent sans afféterie aucune: pas d'effets sonores spectaculaires, de prouesses vocales ou de jeu de scène identifiable. Seule demeure l'émotion provoquée par la surprise permanente que constitue cette finesse d'écriture à nulle autre pareille, ne conservant du rock que le strict nécessaire. Relativement laid-back sur disque, la musique de The Sea And Cake prend sa véritable dimension sur scène, où la pulsation continue de leurs rythmiques savantes provoque d'irrésistibles dodelinements du chef. Contre toute attente.