Vite, une issue de secours. Au Théâtre de l'Usine à Genève, le jeune metteur en scène Dorian Rossel et son équipe aspirent à dire, comme sur le palier d'un appartement bohème, le malaise d'une génération qui va dans le mur. Ils ont appelé leur comédie philosophique Les Jours heureux, manière de suggérer qu'ils ne désespèrent pas. Sur scène, deux actrices et trois comédiens enchaînent les morceaux de déprime comique. Ils rendent parfois palpables nos terrains vagues intimes et font mouche en acteurs existentialistes remettant tout à plat. Mais ils pèchent par bavardage, propension à trop en dire et en faire qui entrave le bonheur du spectateur.

Le plus attendu dans ce genre de dramaturgie dérivée du reality show, c'est le tête-à-tête avec le public. En préambule, Delphine Lanza, svelte comme à l'adolescence, confesse une peur nocturne venue de loin. Instant de vérité. Puis le rideau s'ouvre dans un brouhaha de moteurs: le quintett bruite une circulation, poussant des chaises dépareillées. Aliénation sonore. Plus tard, et c'est l'un des morceaux les plus réussis, Fiamma Camesi joue la professeure de philosophie: la salle est son auditoire, elle dissèque, en pin-up de la pensée, les thèses de Jean Baudrillard, puis suspend son vol, soudain aphasique. Silence dans les têtes. Là, l'inquiétude métaphysique passe.

Les ajouts poétiques – une femme transformée en pive par exemple – sont moins inspirés. Dorian Rossel cherche sa voie. Il y a des éclats de vérité dans sa quête, des temps morts aussi.

Les Jours heureux, Théâtre de l'Usine (rue de la Coulouvrenière 11; tél. 022/328 08 18). Sa 20 nov. à 20 h 30 et di 21 à 18 h