Michael Jarrell et Xavier Dayer ont fait l'unanimité mardi soir. Le public est venu nombreux pour se frotter à trois créations contemporaines données à la Salle communale de Plainpalais à Genève. Les compositeurs genevois ont triomphé, face à l'Anglais Brian Ferneyhough et à l'Espagnol José Luis Torá, dont les œuvres ont parues vaines.

Rien qu'à lire la notice explicative de inanem vocem (prontuario) – un condensé philosophique rédigé par José Luis Torá-, c'est la prise de tête. L'auditeur ne peut que s'accrocher à sa chaise, prêt à vivre les vertiges de la «catabase», soit une figure de rhétorique qui illustre «en musique des passages où les notes ou les voix descendent avec le texte» (Meinrad Spiess). José Luis Torá exprime ce phénomène avec les seuls instruments. L'ennui, c'est que sa musique ne dépasse pas l'illustration théorique. Les effets (ça couine, ça frotte, ça bruisse) ont beau être intéressants, l'exercice tourne à la démonstration sèche et stérile.

Par bonheur, Michael Jarrell a de quoi sustenter l'auditeur. Traversé par un souffle épique, son Concerto pour piano et ensemble Abschied II (2003) s'adresse aux tripes. Comme électrisé, le soliste Marino Formenti saisit à bras-le-corps cette musique: un râle accompagne ses gestes rapides, nerveux. Des giboulées de notes créent l'effet d'un tourbillonnement. Cette écriture logorrhéique, ponctuée par des gestes abrupts à l'orchestre, évolue de manière inattendue. Au cours de la composition, Michael Jarrell a été confronté à la disparition de son père. D'où ces belles harmonies suspendues, comme figées dans l'espace-temps. Si son langage n'est pas fondamentalement novateur – les relations harmoniques sont familières du langage contemporain –, si l'orchestration se veut massive, on est saisi par le caractère archaïque et poétique de l'œuvre.

Xavier Dayer, lui, joue la carte de l'intimité. Inspiré d'un poème de Pessoa, Sonnet VIII s'empare de la thématique du masque. Les musiciens, disposés sur trois plans différents, composent une communauté aux mille visages. Des bribes de mélodies traversent un halo sonore. La flûte de Felix Renggli, élégante, sensuelle, fait écho au violoncelle fougueux et lyrique de Daniel Haefliger. Le temps se dilate, un jeu d'éventails s'improvise, qui rend cette musique à la fois captivante et apaisante, sans jamais sacrifier à la transparence.