Les pianistes Marie-Josèphe Jude et Michel Béroff forment un duo atypique. Là où d'autres tendent à une symétrie parfaite dans le geste, le toucher et le son des deux instruments, les Français préfèrent s'apprivoiser par l'alchimie de leurs tempéraments assez opposés.

Le parti pris s'avère gênant lorsqu'ils s'attaquent à la Sonate K. 448 de Mozart, samedi dernier à la Salle del Castillo de Vevey, tant le parallélisme entre les deux pianos est exacerbé dans cette œuvre. Une difficulté que Jude et Béroff semblent vouloir fuir en adoptant des tempi excessivement rapides qui aplatissent le relief du discours. Reste un mouvement lent bien dessiné mais sans surprise.

La donne est tout autre dans les Visions de l'Amen (1943). Peut-être parce que Messiaen y développe une gestion radicalement différente des deux pianos: plutôt que de les confronter, il les superpose, les fait évoluer dans des registres complémentaires.

Tandis que Marie-Josèphe Jude, magnifiquement terrienne, laisse émerger les basses insoupçonnées du Thème de la Création, choral sur lequel se déploient les sept Amen du cycle, Michel Béroff attise peu à peu le rayonnement glacial des aigus, jusqu'à exulter dans le tournoiement sauvage des Etoiles et de la Planète à l'Anneau. L'Amen du Désir fait résonner la douceur du cristal, avant le déchaînement extatique de l'Amen de la Consommation, où l'énergie tellurique de Jude est illuminée par les carillons multicolores et virtuoses de son partenaire.

Festival mozartmessiaen, jusqu'au 18 mai. http://www.mozartmessiaen.ch