Venu nombreux vendredi dernier à l'enseigne de la série genevoise Musiques en été, le public attend poliment. C'est qu'il faut patienter jusqu'à la toute fin du concert pour voir Seiji Ozawa monter sur la scène du Victoria Hall. Et si le chef fait une entrée tout en discrétion, saluant l'audience humblement, debout parmi ses musiciens, il reçoit une ovation nourrie, à la mesure de sa réputation. Il dirige la trentaine d'étudiants cordistes de l'International Music Academy Switzerland (IMAS), qui s'est tenue une dizaine de jours durant sur les bords du Léman.

Immédiatement, l'émulation entre le maître et ses pupilles impressionne. Dans la suite pour orchestre à cordes Au temps de Holberg de Grieg, Ozawa dirige par cœur, assis face à ses troupes. A sa gestique généreuse, respirée, répondent des archets particulièrement galvanisés. L'ancien directeur du Philharmonique de Boston possède cette parfaite cohérence entre sonorité et pulsation, cultivant cet instant primordial où le son naît du silence, et prend son essor. Après la clarté lumineuse du prélude et une gavotte pleine de malice, l'art d'Ozawa atteint son paroxysme dans un air tendu comme une arche, sculpté dans la vitalité frémissante des jeunes instrumentistes.

Plus tôt dans la soirée, les étudiants se sont présentés sous forme de quatuors, une autre facette du travail effectué à l'IMAS. Si les tempéraments se rencontrent avec plus ou moins d'aisance, chaque ensemble parvient néanmoins à dégager une couleur propre, à l'image de cet éclatant 3e mouvement du Quatuor n° 3 de Chostakovitch, ou encore des brumes pourpres et captieuses de cet extrait de l'opus 30 de Tchaïkovski. Du quatuor encore, mais transcrit pour orchestre à cordes, ouvrait une deuxième partie dirigée par l'Américain Robert Mann, autour d'un opus 17 de Bartók pur et structuré.