Pas de doute, Roger Muraro est le plus grand interprète vivant de la musique pour piano d'Olivier Messiaen. Mardi soir à Vevey, le Français a rempli d'extase l'écrin acoustique de la Salle del Castillo; le public du festival mozartmessiaen, sidéré, lui offre une standing ovation au terme de deux heures de récital.

Deux heures, pour une seule œuvre, les Vingt Regards sur l'Enfant Jésus, dont l'envergure ne connaît pas d'égale dans la littérature du piano. Pourtant, la présence de Muraro ne fléchit jamais. Silhouette longiligne, presque adolescente, visage rieur, on peine à imaginer le musicien tout proche de la cinquantaine, tant son énergie semble inépuisable.

Peut-être parce qu'il arpente depuis vingt ans déjà ce cycle qu'il décrit comme «une collection d'états de conscience, les facettes d'un prisme immense qui fractionne la lumière en une infinité de couleurs», comme en témoigne son magnifique enregistrement de 1999. Et quelles couleurs! Inouïes, elles font rougir les basses cuivrées du Regard des anges, bigarrent les déchaînements sismiques de L'esprit de Joie, et célèbrent Noël dans un festin de cloches tonitruantes. Les teintes savent aussi se faire plus suaves, lorsque la douce béatitude du Baiser de l'Enfant Jésus rappelle les volutes d'un Liszt mystique.

En architecte du mouvement, Muraro parvient à insuffler une direction organique à cet éclectisme des émotions, porté par sa technique transcendante, presque magique. «La Foi, quelle qu'elle soit, est nécessaire pour parcourir l'ascension en spirale des Regards» dit-il. On le croit.

Festival mozartmessian, jusqu'au 18 mai. http://www.mozartmessiaen.ch