Au Festival international de musiques sacrées (FIMS), les archets étaient baroques et les instruments d'époque, lundi dernier à l'Eglise Saint-Michel de Fribourg. Dans la Messe en side Bach, ce monument testamentaire du Cantor, on s'attend du coup à des phrasés allégés, et des tempi rapides. Alors oui, l'ornementation des cordes et le son du cor naturel donnent une touche historique indéniable. Oui, la flûte en bois (pas toujours très projetée) et les hautbois d'amour, avec leur timbre acidulé, offrent aux soli des intimités franchement baroqueuses.

Pourtant, il y a chez Michel Corboz un sens profond de la dramaturgie, qui le retient de s'adonner à un Bach dégraissé, voire purifié, comme celui de Philippe Herreweghe et son magnifique Collégium Vocale Gent. Chez Corboz, les splendeurs sont tout autres. Sa Messe en si respire l'humanité et se laisse constamment porter par le naturel du mouvement - tant pis si la pulsation fluctue ici et là. Un mouvement qui naît du souci de construction, toujours en éveil, et qui désamorce la statique potentielle d'un Kyrie ou d'un Sanctus.

Plutôt que de privilégier la clarté à tout prix (une option rendue ardue par l'acoustique des lieux), Corboz et l'Ensemble vocal et instrumental de Lausanne préfèrent dessiner les reliefs contrapuntiques de manière plus globale et organique, à l'image d'un Gloria à l'énergie physique, ou d'un Osanna aux textures trépidantes et rebondissantes. Ce sens de la progression profite aussi à l'arche de la Messe en entier: les dix derniers numéros, presque enchaînés, culminent jusqu'au Dona nobis pacem dans un crescendo d'intensité mené avec autorité et tact.

Côté solistes, la donne est inégale. Si la soprano Yumiko Tanimura développe un son propre, assez lisse, on ne peut pas en dire autant de sa comparse Valérie Bonnard. La contralto Elisabeth Graf, si elle possède un agréable sens de la ligne, perd également pied dans les chromatismes de l'Agnus Dei. La droiture du ténor Werner Güra et la prosodie vécue et limpide de la basse Stephen MacLeod (magnifique Et in Spiritum) composent une distribution masculine impeccable.

Festival international de musiques sacrées de Fribourg, jusqu'au 13 juillet à l'Eglise Saint-Michel. http://www.fims-fribourg.ch