Dans les barrières étroites qui font l'antichambre de la salle, la rumeur enfle déjà. Depuis le début de ce Montreux Jazz Festival, pas un groupe dans la salle du bas qui ne suscite autant d'expectatives, pas un rap qui ne parvienne à élargir à ce point son public de prédilection. Embués depuis l'entracte, les fanatiques se devisent, prêts à scander le nom de Cypress Hill dès la première platine lancée. Les autres s'accrochent, histoire de ne pas se laisser défaire par la tornade annoncée. Presque toujours, dans les deux nuits hip-hop qui ont défilé, les maîtres de cérémonie ont abandonné de l'espace au jeu, à l'interaction. Ils ont joué leur rôle d'animateurs avec plus (Blackalicious) ou moins (Flavor Flav) d'élégance. Cypress Hill entre et condense. Pas un interstice entre les harangues nasales, les appels à la fumerie, les refrains brutaux dont la moitié des spectateurs connaît la moindre intonation. Depuis plus de dix ans, les Californiens, précurseurs du rap latino, n'ont pas changé d'un pouce leur recette furieuse. Parce qu'ils n'en connaissent pas de plus efficace.

Au Miles Davis Hall, les litres d'eau aspergés dans la foule ne parviennent pas à rafraîchir les corps. Et cette musique minimale et impérieuse pourrait bien être entrée dans l'histoire du festival.