Un spectacle vaut parfois au-delà de lui-même.Remote versions et Double B (l) ind à la Salle des Eaux-Vives à Genève montrent comment une certaine danse contemporaine abuse d'effets stériles. Les titres en anglais d'abord avec double sens, souhaités par un trio d'auteurs qui a des jambes et des lettres: l'universitaire Agnès Chekroun, les excellents danseurs Fabrice Mazliah et Jone San Martin. Première cloison. Le protocole archivu ensuite. En préambule deRemote versions, un violoncelle surprend le spectateur dans le hall. Au seuil de la salle, on a le choix entre deux gradins placés en miroir. On s'assied, la musique cesse. Dans le silence, Fabrice Mazliah et Jone San Martin occupent le centre du plateau, ombres coagulées - le négatif du spectacle, soit. Un flash plus tard, ils sont nus. Puis se rhabillent: elle enchaîne une gestuelle cryptée, lui déambule en automate, etc. Là, on est branché sur un courant années 90, celui du «non-spectacle» théorisé entre autres par Jérôme Bel. On n'a rien contre, sauf queRemote versionsmanque de cette distance amusée qui rendrait la chose savoureuse.

Faut-il fuir à l'entracte? Pas sûr. Double B (l) ind est plus intense. Deux rangées de chaises sur la largeur de la scène. Au premier rang: lui. Au second: elle. Ils se cherchent, se touchent, se fuient. Ils déplacent les chaises, dessinent des lignes de front. A la fin, elle plante son poing dans la bouche de l'homme, histoire de suspendre hostilités et spectacle. Cette scène de ménage à rallonges transcendée en jeu de formes excite l'attention. Là, on est enfin sur le qui-vive, pressé d'extraire de cette matière un bouquet de sens possibles.

Double B (l) ind et Remote versions, (1h40) Genève, Salle des Eaux-Vives, rue des Eaux-Vives 82-84, sa 3 à 20h30. (Loc. 022/320 06 06.)