La plastination permet de conserver un cadavre en injec- tant du silicone dans ses organes vidés de leurs liquides et autres corps gras. Cette invention de Gunther Von Hagens a inspiré Camille Rebetez, jeune auteur jurassien (Samedi Culturel du 3.06.2006), qui prolonge la ré- flexion sur les dérives de la science dans Nature morte avec œuf. Cette satire extravagante et bouffonne voit Evariste, savant impuissant, faire engrosser une prostituée bossue, pour obtenir, juste avant terme, la symétrie ab- solue. Tuée et plastinée, celle-ci deviendra une œuvre d'imperfec- tion suprême, de quoi rivaliser avec la perfection imposée par un art dévoué à la religion.

Lorsqu'elles lisent cette farce écrite pour un concours organisé par la Société suisse des auteurs, Françoise Courvoisier, directrice du Théâtre Le Poche à Genève, et Sandrine Kuster, son homologue de L'Arsenic à Lausanne, ima- ginent très bien Andrea Novicov orchestrant ces accords dis- sonants. Juste choix, en effet: empruntant à la BD et au cinéma noir, le metteur en scène russo- argentin propose une satire grotesque et en mouvement sur plateau tournant. Kiki le python, un serpent pour de bon, se révèle très vite le moins secoué dans cette compagnie d'allumés. Jean-Jacques Chep compose un Evariste jouissif de machiavé- lisme, Anne-Catherine Savoy, une fille de joie triste à pleurer, Vincent Fontannaz, un play-boy parfaitement demeuré et Sylviane Tille, une maquerelle joliment frappée. Vous l'aurez compris: on rit plus qu'on ne frémit devant ce défilé trop déjanté pour évoquer la folie inquiétante et sournoise de nos quotidiens trafiqués.

Nature morte avec œuf, au Théâtre Le Poche, à Genève, rés. 022/310 37 59 (1h 30).