Il a peut-être un côté suisse. Réglé comme une horloge ou du papier à musique en tout cas, Bob Dylan l'était encore mercredi soir à l'Arena de Genève. Quelques centaines de personnes en ont fait les frais quand le légendaire homme-tambourin du Minnesota a démarré à vingt heures et des poussières ses deux heures de messe folk-country-blues-rock. Des fouilles strictes à l'entrée ont empêché une frange du public de pénétrer pour la première demi-heure du rituel.

Heureusement pour ces spectateurs outrés ou déçus, le patron en noir coiffé de son chapeau de cow-boy blanc et ses cinq musiciens en costume gris et couvre-chef noir ont mis du temps à se montrer classieux, subtils et palpitants. Parce que le barde a commencé par la fin de son œuvre, par le train-train des rengaines de Modern Times. Ronron de boogie et de country-blues brouillons à cause d'une sono imparfaite sans doute, où ni sa voix ni la finesse de ses sbires ne donnent satisfaction. Puis enfin, la magie opère quand résonnent les premières mesures de «It's Alright, Ma». Sept minutes de pure verve dylanienne revisitée en mode plus rock et enlevé que l'original. Une touche de violon, deux guitares, Dylan jambes arquées sur son clavier. «Just Like A Woman», «Down The Highway», «She Belongs To Me», «Highway 61 Revisited» et on en passe, le tour est joué. Du saloon au salon littéraire, de l'à-peu-près à une riche précision musicale (où se glissent orgue, harmonica, banjo, contrebasse, etc.), la consistance inouïe du répertoire éclate. Haut les cœurs malgré la notoire froideur du personnage.

En concert à Zurich, Hallenstadion, di 29 avril à 20h.