Omar Porras, c'est d'abord une griffe. Partout, elle laisse sa trace dans cet Elixir d'amour qui fait la joie des spectateurs à Nancy. Les décors et masques du frère Fredy, les costumes de Coralie Sanvoisin, les lumières de Mathias Roche, participent à cet éblouissement visuel, comme un arc-en-ciel de couleurs. On se délecte à voir ces créatures mi-faunes mi-oiseaux virevolter sur scène. On assiste à un combat de coqs entre le sergent Belcore, caricaturé en dindon, et le brave Nemorino, lequel convoite lui aussi la coquette Adina.

Pas de lecture intellectuelle, pas de réflexion métaphysique. Le rêve et l'imaginaire propulsent cette histoire au rang d'une fable pour petits et grands. Il y a du déjà-vu dans ces masques crochus, dans ces éclairages à la Goya qui rappellent l'ambiance carnavalesque de El Don Juan. Il y a aussi une mélancolie, propre à Porras. C'est elle qui rend le portrait de Nemorino si touchant. Le voici qui chante au haut de son arbre, prêt à se jeter dans le vide pour celle qu'il aime. Il y a de l'ironie, chez ce Belcore fanfaron (excellent Nigel Smith), chez le Docteur Dulcamara (Till Fechner), faussaire qui débarque avec son lot de fioles et de potions.

La poésie est le plus bel atout de la fabrique Porras. Quand Adina (enivrante Maïra Kerey, aux aigus pas toujours justes), reconnaît enfin l'amour que lui voue le fragile Nemorino (Soner Bülent Bezdüz, au phrasé élégant mais au timbre trop peu puissant), les masques tombent. Un faune et une nymphe miment l'apprentissage amoureux au second plan. Si le geste dansé verse parfois dans le stéréotype, le mouvement qu'imprime le metteur en scène fourmille de vie. A défaut d'être toujours précis et synchronisés, l'orchestre de Sébastien Rouland et les choristes vibrent aussi.