Une respiration, bleutée, sous-marine et métallique à la fois. Une invitation à la méditation, entre deux extases tambour battant. La danseuse et chorégraphe Noemi Lapzeson, la soixantaine fine et altière, et le batteur Fritz Hauser, doux géant des percussions au toucher rare, offrent ce genre d'interlude ce soir encore dans le cadre du Festival RéPercussion à Genève. Ils ont titré leur aparté Nuances pour mouvement et percussions. Et ils ont eu raison de le nommer ainsi, tant leur dialogue vibre, sans trémolo, entre deux échos sidérants, corps-à-corps distant, mais jamais délié. Oui, c'est à un pas de deux singulier que ces artistes convient le public. Et cet exercice-là est de ceux qui magnétisent. Aimantation vespérale qui fait la beauté du morceau.

Ils ont pourtant pris leurs précautions, Noemi et Fritz. Distance physique obligatoire, sur l'immense plateau du Bâtiment des Forces motrices. Solitude revendiquée. Chacun dans son coin, la danseuse de dos sur son cube, le percussionniste, tout de noir vêtu, devant ses cymbales. Au bord de l'effacement, l'un et l'autre. Obligeant le spectateur à les chercher dans la pénombre. Et à se laisser traverser par la mélopée métallique des percussions, courant constant infus dans la salle.

Corps séparés donc? Oui, mais cette fracture spatiale n'est qu'un leurre. Qu'une façon d'être plus proches. Tandis que le musicien s'électrise, possédé par sa musique, elle se délie, s'arque et jouit d'un rai de lumière sur sa crinière blanche soudain violacée. Secret partagé au milieu du canyon. Et plaisir de dériver ainsi dans le sillage des interprètes, jusqu'à ce moment où la nuit retrouve ses droits. L'ombre menace de submerger la danseuse. On devine encore son bras levé, implorant. On entend encore les cymbales trembler. Lyrisme minéral.

Festival RéPercussion, Genève, Bâtiment des Forces motrices, sa 15, dès 20 h. Rens. 022/919 04 90.