«La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas.» Au-delà de l'ironie, la colère claque dans cette sentence. La même qui agite Faust, homme de science qui, malgré toutes ses connaissances, n'atteint pas la jouissance. Ce fils des Lumières veut percer l'énigme du bonheur humain, ça l'obsède, ça le tenaille. Dût-il pour cela donner son âme au diable... Dans Faust 08 d'Anna Van Brée, on sent cette énergie chercheuse. Le montage de Mathieu Bertholet à partir du texte colossal de Goethe est parfois sibyllin, mais pour peu qu'on se laisse aller, on est emporté par cette lame de fond, terrain d'investigation.

Intéressant de distribuer Vincent Bonillo, l'acteur romand le plus animal, dans le rôle d'un pur esprit. D'entrée, ce Faust qui écrit «Ach» à la craie en se jetant sur le mur et qui avale la salle en défiant le ciel, ce félin rugissant crée le trouble en dénonçant par le corps le manque de sensualité qu'il énonce. D'autant que Méphisto, lui, a l'allure inquiétante, mais pas toute-puissante de Roberto Molo, dont la voix particulière indique la faille autant que la menace. La joute a donc bien lieu, mais le leader reste à trouver. Ainsi en va-t-il des grands duels et des grandes questions, comprend-on: jamais tranchés, toujours en fusion.

Même contre-pied pour les autres personnages: Marguerite (Piera Honegger) a plus des allures de terroriste au visage fermé que de victime. Wagner, le disciple (Marc Mayoraz) condamne plus qu'il ne tâtonne - dans sa bouche, les mots du philosophe contemporain Sloterdijk montrent comment l'humanisme peut mener au fascisme. Quant à l'homme nouveau créé par Faust (Julien Schmutz), son strip-tease et son slip rose dévoilent sa vulgarité qui n'a rien d'idéal. Ainsi, la ronde des interrogations peut continuer. Et vu l'énergie qui est déployée, le public se laisse volontiers emmener.

A l'Arsenic, jusqu'au 25 mai, http://www.theatre-arsenic.ch, 1h 50